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Un tel bouleversement au sein de l’image d’un pays va redéfinir les rapports entre l’art et son objet. Avec Obama, ce sont toute une série de sujets, d’idées ou de "messages" qui ne vont plus pouvoir rentrer dans l’espace de la représentation, surtout de la représentation cinématographique. Les cinéastes vont déserter l’Irak. A quoi bon encore en parler si le nouveau gouvernement s’engage à en quitter les terres ? Ce serait proprement hérétique, au mauvais sens du terme. Ensuite, c’est tout un cinéma sur la question raciale qui va stagner et chercher sa voie. Filmera-t-on encore la galère des noirs ou des latinos ? Osera-t-on encore montrer la part sombre de la réalité sociale alors que trône un président noir, pronant le changement ? Enfin, c’est l’ensemble d’un cinéma vif et critique, politiquement engagé, qui risque de s’aténuer sous les coups d’espoirs et d’optimisme. Bref, la meilleure part du cinéma américain, celui qui se forme tout en nuance et en éclat. A dire cela, le cinéma américain perdrait beaucoup face aux autres domaines (à condition, bien sûr, de voir Obama comme un sauveur), la politique ou la vie sociale en tête, il s’évanouirait purement et simplement sous l’effet de la médiatiatisation abusive que nous avons dénoncée ci-dessus. N’est-ce pas à ce paradoxe que nous devions en arriver ? Les médias, la télévision en premier, pourrait contribuer à une sévère baisse de régime (en terme de qualité) de sa production cinématographique.

D’où, peut-être, ce principe : la télévision et les médias ne se seront les concurants véritables du cinéma qu’en temps de "prospérité" idéologique. Bien sûr, il y a la crise. Influencera-t-elle la production, mondiale cette fois-ci ? Redonnera-t-elle à voir des choses jusque là enfouie ?

Le véritable danger de la télévision se situe peut-être dans cette idée. Traditionnelement, on a attribué à l’avènement de la télévision une mort anoncée du cinéma, qui on l’a vu n’a pas eu lieu . Et si le danger ne se situait pas au niveau de l’occupation des images mais plutôt au stade de la massafication du discours et des idées ? En effet, avec le développement extraordinnaire des médias au XXIème siècle, nous pouvons nous demander si les discours typés de la télévision ne vont pas réduire de plus en plus le propos artistique (esthétique, politique, éthique...) du cinéma, par un transfert, une substitution, des régimes de représentation. C’est cet amalagame dangereux qui guette le cinéma américain sous Obama. Il risque, par conséquent, de devenir moins critique et de perdre sa force contestataire, puisque les apparences annoncent aux individus, par le biais de médias, que tout ira mieux et qu’un grand homme est enfin au pouvoir. La source même du cinéma américain va sérieusement s’édulcorer.