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ENTRE LES MURS
de Laurent Cantet
Par Géraldine AMGAR

SYNOPSIS : François est un jeune professeur de français dans un collège difficile. Il n’hésite pas à affronter Esmeralda, Souleymane, Khoumba et les autres dans de stimulantes joutes verbales, comme si la langue elle-même était un véritable enjeu. Mais l’apprentissage de la démocratie peut parfois comporter de vrais risques.



« Entre les murs » est une plongée en apnée dans le quotidien d’une classe. De la 1ère image, en plan serré sur le professeur, François, avalant une dernière gorgée de café avant de rentrer dans l’établissement ; le calme avant la tempête ; jusqu’à la dernière séquence montant la classe vide, avec quelques chaises en désordre ; arrive les grandes vacances. La boucle est bouclée ; entre ces deux temps, toute une année scolaire s’est déroulée sous nos yeux, avec ses rires, ses cris, ses doutes, ses conflits. Enfin, on peut respirer.

Les deux grandes qualités de Laurent Cantet comme cinéaste sont sa vigilance et sa sincérité. Vigilance quant au risque de récupération idéologique ou politique, -risque accru depuis la Palme d’Or puisqu’avant même sa sortie en salle, le film monopolise déjà l’attention des médias. « Entre les murs » ne prétend pas à dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité sur l’Education Nationale. En aucun cas, Laurent Cantet ne moralise son propos. Non, « Entre les murs » se veut être une chronique de la vie d’une classe, dans un lieu donné, le 20ème arrondissement de Paris, en s’inspirant de l’expérience d’un professeur donné, François Bégaudeau.

Sincérité, par sa volonté de montrer à l’écran des êtres en relief, avec leur énergie, leurs faiblesses et leurs contradictions. Par une rigueur de mise en scène, sur le mode du docu-fiction, Laurent Cantet réussit à traduire l’indicible, à montrer la violence quotidienne des rapports humains, toujours sur le fil du rasoir, sans jamais tomber dans la caricature ; la caméra est en alerte prête à saisir les micros-événements susceptibles de faire basculer une scène. Ce qui se passe entre les murs de ce collège c’est la vie, c’est une société en mouvement. Rien n’est jamais acquis puisque la narration se construit dans les moments de dérive. A un moment, il y a transmission de savoir et la seconde suivante, le dérapage arrive. Que ce soit sur le désaccord des élèves quant au choix d’un prénom, Bill, donné dans un exemple, jugé trop français ; ou la scène où François accuse les deux déléguées de la classe de s’être « comportées comme des pétasses », le professeur est constamment pris à parti, chahuté, provoqué mais il résiste. Sa croyance en la prise de parole, la liberté d’expression est plus forte. Humaniste convaincu, François prend le risque du dérapage, celui des élèves mais également du sien ; car un professeur, même avec la meilleure volonté du monde, est perfectible. Il lui arrive de se prendre à son propre piège, de ne pas réussir à faire passer son message. Il peut échouer ; quand il dit de Souleymane qu’il est « scolairement limité », provoquant ainsi un tollé dans la classe ; ou encore dans son incapacité à faire comprendre à Khoumba son insolence lorsqu’elle s’est refusée à lire un extrait d’Anne Frank à voix haute. Énervé et impuissant, il donne un coup de pied dans une chaîne. Ce sera sa seule manifestation visible de violence. Geste de désespoir devant l’échec. Il n’est pas un professeur super-héros, à la répartie infaillible. Il fait du mieux qu’il peut avec ses convictions et son savoir. C’est dans cette tension entre parole et violence, que naît toute la beauté du film. Grâce et tragédie du quotidien. Grâce dans l’autoportrait de karl qui aime le zouk mais n’aime pas aller voir son frère en prison ; grâce dans l’analyse que fait Esmeralda de "La République" de Platon.

L’art de Cantet est d’avoir réussi à capter ces moments d’utopie concrète ; ne pas juger, juste monter...