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RAYMOND DEPARDON
A propos de La Vie Moderne
dernier volet de la
trilogie sur les Paysans.
Propos recueillis par Philippe CHAPUIS, le 9 octobre 2008 à Lyon.


Le choix de la caméra.

Son autonomie est très acceptable, c’est 8 min 50. Jusqu’à présent les caméras 35mm pouvaient filmer ou 4 ou 10 min, mais pour 10 min, c’était compliqué, il fallait un assistant à cause de la taille des magasins. Or moi, je ne veux pas d’assistant. Avec Claudine, quand on tourne, on est que deux, parce que ses paysans que l’on filme depuis un certain temps, ils se sont habitués à nous… On vient toujours avec des caméras, ils savent qu’on est complètement obsessionnels du cinéma, on n’existe qu’avec une caméra et ils se sont habitués. On a toujours une caméra afin qu’il n’y ait pas de rupture dans notre relation avec eux. Il est important aussi de percher toujours afin de faire oublier la présence de Claudine. Il y a quelques regards caméra dans le film parce que c’est des nouveaux… Mais en revanche les deux bobines où les deux frères parlent au début, il n’y a pas un seul regard caméra.

Jusqu’à présent, je n’avais pas trop accès au 35mm parce que c’était trop lourd, trop encombrant et trop cher… Beauviala (NB : le fondateur d’Aaton) me parle d’une caméra d’origine australienne et ça m’intéresse, mais il y a des contraintes : il faut tourner en scope (c’est du Super 35mm) et il faut ensuite repasser en numérique pour ramener la pellicule à 4 perfos. Autonomie 8 min 50 synchrone, une caméra qui fait pas trop de bruit… Tiens, pourquoi pas ?

Dans la vie, on a toujours des principes, et dans ce film-là tous ces principes ont sautés ! Je m’étais dit que je me servirait rarement des téléobjectifs, et je m’en suis servi, parce que j’ai trouvé qu’en scope, il y avait une présence ; je ne voyais pas l’intérêt de tourner en scope, de créer un surcadrage, or ça a un intérêt énorme en documentaire parce que ça évite les champs/contrechamps et on reste dans la logique du dialogue, sans coupure. Des travellings aussi. Comment passer d’une séquence sonore à une autre séquence sonore ? Il faut reposer le spectateur. N’importe quel film fait ça… Je vois un film de Gus van Sant, Gerry, que j’ai beaucoup aimé par sa modernité, son approche du désert. Je me dis que j’aurais bien aimé avoir ça, une caméra presque automatique comme ça… Je me dis qu’un travelling peut être le plan qui va me permettre de passer d’une ferme à une autre, de montrer les paysages, d’introduire en voix off certaines choses et surtout de montrer l’isolement, la dureté de ces lieux qui ne sont pas faciles à vivre… Il se trouve que j’avais un camion et que les travellings passent plutôt bien, réglés par un bon machiniste qui m’a montré comment procéder…