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PREMIERES NEIGES
de Aida Begic
Par Emmanuelle COSTET

SYNOPSIS : Bosnie, 1997. Six femmes, un grand-père, quatre petites filles et un garçon vivent à Slavno, village isolé et dévasté par la guerre. Leurs familles et amis ont été tués et leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Les premières neiges vont les couper du monde. Ils tentent d’échapper à la misère en vendant des confitures, des fruits et des légumes. Deux hommes d’affaires débarquent en leur demandant d’abandonner leurs maisons moyennant une somme d’argent.



POINT DE VUE

Première neige, premier linceul possible, enfin … sur les corps d’êtres disparus…

Toute la tension de ce film admirable est construite sur une absence : celle des corps raptés, emportés engloutis, des hommes d’un petit village bosniaque, de ces hommes embarqués … quand ? Dans quelle nuit d’horreur, si proche –quelques années – et si lointaine déjà ?… Embarqués, « sans même une veste sur le dos » … puis suppliciés ? Fusillés ? Entassés ? Où ? Comment ? Par qui ?...

Nous sommes en 1997. Dans un village perdu de la montagne verte et fertile bosniaque, une petite communauté – des femmes, des filles … et deux rescapés « mâles » d’un drame non-dit, que les « épurateurs ethniques » ont dédaignés, un digne vieillard et un petit garçon traumatisé – … une petite communauté s’accroche à ses savoir-faire ancestraux et tente de faire perdurer un mode de vie que le travail, les liens de voisinage et la prière modèlent entièrement, et parviennent à faire tenir debout … et ensemble.

Les sirènes de la modernité et du capitalisme sauvage arrivent jusqu’à ces femmes liées entre elles, plus par le souvenir de ce qu’a été leur vie, jusqu’au drame qui leur a enlevé leurs hommes, que par des projets d’avenir, impossibles à oser vraiment… C’est par leur quête de vérité qu’elles déchireront enfin le « voile » de silence qui les privait d’avenir… Et c’est par leur fidélité à un mode de vie, donc à leurs morts, qu’elles se révèleront être des Résistantes, mais aussi que se révèlera le vrai visage de cette adaptation à un « réalisme libéral » qui ne dit pas son nom : la continuation logique et implacable du projet « d’épuration ethnique » d’une certaine partie des Serbes !