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Scorsese justement, le premier qui vient à l’esprit à la vision des 2 volets de Mesrine . Par le thème bien évidemment, ascension et chute d’un gangster ambivalent, à la fois magnifique et pitoyable ; mais surtout par la forme, avec une caméra qui sait se faire virtuose et l’utilisation de la musique comme partie intégrante du film. Les quelques scènes dans le second volet autour de l’idylle de Mesrine avec Sylvia (Ludivine Saigner), où la caméra virevolte au son de tubes de l’époque, sont symptomatiques de cette approche scorsesienne d’un cinéma total et sensoriel. On peut citer également Friedkin, pour le choix d’un découpage sec et nerveux, qui réduit le « gras » psychologique à ses fondamentaux et accroît ainsi l’efficacité du propos. Le basculement progressif de Mesrine dans la criminalité, avec ses irruptions de violence, ou encore sa prise de conscience politique vers la fin, sont ainsi montrées sèchement, offrant un portrait saisissant qui échappe à la lourdeur démonstrative.

Bref, Richet a parfaitement intégré les codes du cinéma d’action américain, se payant même le luxe de réaliser quelques scènes d’anthologie, qu’il s’agisse de l’incroyable prise d’assaut du pénitencier canadien ou de l’évasion de la prison de la santé. Il réussit ici à alterner, avec beaucoup d’aisance, l’action pure, montée frénétiquement, et les temps morts qui la précédent, lors desquels il privilégie les plans fixes, donnant à l’ensemble un réelle intensité dramatique.

Mais, comme nous l’avons évoqué précédemment, le but de Richet n’est pas seulement d’afficher sa capacité technique à fabriquer des images susceptibles de rivaliser avec celles de ses confrères d’outre-atlantique. Bien au contraire, la virtuosité dont il fait preuve est tout sauf gratuite, car entièrement au service d’un parti-prix formel qui assoie l’intention.

La difficulté avec le portrait de quelqu’un comme Mesrine était de sombrer dans le manichéïsme. Robin des Bois ou bête féroce ? Comme toujours, la vérité se situe au milieu : gangster avec des valeurs mais aussi psychopathe sadique, père aimant mais capable d’enfoncer un canon de revolver dans la bouche de sa femme. Comment alors rendre compte de cette réalité multiple sans basculer dans un didactisme forcément rasoir et étriqué ? Tout simplement en affichant d’emblée un choix formel susceptible de donner de l’épaisseur et du dynamisme au message ; bref, faire coïncider la forme et le fond.

S’il y a un mot à même de résumer les deux films de Richet, c’est celui d’ellipse. Figure de style intrinsèquement liée au cinéma, contemporaine de sa naissance et qui joue dans Mesrine le rôle fondamental de catalyseur. Outre l’ellipse initiale, qui nous projette d’emblée dans la vie de jeune adulte de Mesrine (occultant l’enfance et l’adolescence, bien souvent prétextes à des explications psychologiques oiseuses), l’ensemble de l’œuvre est construite sur cette figure de style.