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L’ECHANGE
De Clint Eastwood

Synopsis : : Los Angeles, 1928. Un matin, Christine dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, celui-ci a disparu. Une recherche effrénée s’ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de neuf ans affirmant être Walter lui est restitué. Christine le ramène chez elle mais au fond d’elle, elle sait qu’il n’est pas son fils…



POINT DE VUE

Si l’est communément admis qu’un homme aspire à la sagesse quand il avance dans l’âge alors Clint Eastwood fait exception à la règle. Certes la mise en scène de son nouveau long-métrage est classique, d’inspiration fordienne, et tient sa ligne jusqu’à la fin sans véritable fausse note. Mais les thèmes évoqués sont graves, durs et ne correspondent pas forcément aux préoccupations d’un homme s’approchant des 80 ans. Engagé pendant la campagne présidentielle américaine aux côtés de John McCain (suscitant parfois l’incompréhension), Clint Eastwood traduit dans L’Echange une certaine idée de l’Amérique. A la lumière de ce film on peut comprendre pourquoi il a pris parti pour le candidat républicain mais aussi et surtout, me semble-t-il, cela permet au spectateur européen lambda de mieux saisir ce qui, dans son fondement, différencie idéologiquement le parti démocrate du parti républicain. Assurément les choses ont changé et, les lois de l’Histoire (s’il y en a) étant ce qu’elles sont, les frontières doctrinales se sont redessinées à mesure que le monde a évolué jusqu’à aujourd’hui. Mais Clint Eastwood, en authentique pionnier, revient dans le passé poser sa caméra dans les interstices de l’Histoire comme s’il avait à cœur de nous montrer quels sont les moteurs du changement et des transformations sociales.

L’injustice est le maître-mot qui va guider Clint Eastwood dans son film. En s’attachant au destin de Christine Collins, le cinéaste américain veut défendre l’individu, en tant qu’être social libre, pouvant agir selon sa propre volonté sans être entravé par un pouvoir écrasant. Un pouvoir invisible, imperceptible, passant par de nombreux relais pour mieux s’exercer. La forme élégante et calme de la mise en scène, le cadre soigné et précis, les lents mouvements amples de la caméra, tout cela en deviendrait presque inquiétant. On ne voit pas forcément son ennemi, personnifié sous les traits d’une seule entité. Désormais le Mal a plusieurs visages. Christine Collins face à la police, face au pédiatre, face au psychiatre : ce sont aux ces nombreux relais par où passe le pouvoir. Clint Eastwood décrit une mécanique qui broie l’individu. L’homme n’est plus écrasé par l’Etat comme sous l’Ancien Régime en France où le monarque se faisait justice en tuant sur la place publique devant ses sujets celui qui avait osé enfreindre la loi. Désormais l’Etat dispose d’institutions et celles-ci par leur multiplication, caractéristique essentielle de nos sociétés modernes, saisissent, encadrent et maîtrisent, avec une certaine économie du pouvoir, l’individu de manière bien plus efficace. Et si celui-ci conteste les autorités publiques alors il sera immédiatement puni. L’être humain opprimé, voilà ce qui est révoltant. L’oppression sournoise et difficilement décelable Clint Eastwood la révèle et la dénonce. C’est alors les grandes lignes des idéaux qui sont aux fondements de la nation américaine que le metteur en scène ravive. L’affirmation de l’individu et de son libre arbitre, la reconnaissance et le respect de ses droits contre l’Etat tout-puissant. Et c’est bien cette veine précise du républicanisme américain dont se réclame le cinéaste américain et qu’il met en avant dans le film. Un républicanisme libéral si cher à Tocqueville, lui qui a découvert la démocratie étatsunienne.