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En bien des points L’Echange est un film tocquevillien. Si Clint Eastwood fait des injustices la pierre angulaire de son long-métrage, il n’en délaisse pas moins son pendant que sont les inégalités. La liberté et l’égalité sont les sœurs siamoises de la démocratie américaine et la vie de Christine Collins permet au réalisateur américain d’aborder le sujet délicat de la place des femmes dans la société américaine au début du siècle. Quand la mère s’entête à répéter aux policiers et aux médecins que le fils qui lui a été ramené n’est pas le sien, on ne cesse de lui renvoyer à la figure l’abandon de sa mission de mère, de délaisser ses responsabilités, de renier son obligation première pour une femme de l’époque : élever son enfant. En filigrane Eastwood décrit une société figée dans ses structures où les rôles de chacun sont définis en fonction du sexe auquel il appartient. En dépit du bien-fondé de la contestation de Christine c’est donc un rapport de force en défaveur d’une minorité (les femmes) que Clint Eastwood met en avant. Cette femme n’entend pas changer la face du monde mais, avec ses modestes moyens, elle va permettre et impulser un changement social profond en aspirant à un meilleur respect de l’égalité entre les hommes. C’est ce qu’illustre la scène où le pasteur interprété par John Malkovitch libère toutes ces femmes de l’asile alors jusque là internées de force créant un nouvel élan dans la nécessité de plus de justice entre les individus, et symbolisant une avancée dans la volonté de faire respecter les droits de l’homme, et de la femme donc.

Clint Eastwood filme des bouts d’histoires, des bouts de destins d’individus lambda, semblables à de petits ruisseaux qui vont peu à peu former l’immense fleuve de l’Histoire avec un grand H. Alors que le film se concentrait sur le combat d’une femme pour faire reconnaître sa parole contre des autorités abusant de leur pouvoir, le récit, au beau milieu du métrage, bifurque, change de route brusquement sans avertir le spectateur sur la nouvelle trame qui se profile et ses liens avec ce qui a précédé. Comme si subitement c’était le metteur en scène qui était dépossédé de la direction du film, par une force supérieure, une sorte de deus ex machina prenant la relève. Il y a cette scène forte où l’inspecteur en charge de l’enquête sur la disparition du fils de Christine demande au jeune adolescent suspecté de creuser à l’endroit où il a indiqué avoir enterré les enfants que son oncle a tués avec son aide. Après plusieurs coups de pelle on découvre des chaussures, des bouts de tissus, et la caméra, d’un coup, filme la scène du dessus comme s’il s’agissait de Dieu constatant les crimes de sa création. Ce changement de point de vue signifie que le tout-puissant reprend ses droits, indiquant que l’homme s’est écarté du chemin que le Créateur avait désigné. La quête obsessionnelle de vérité éloigne Christine des principes de justice. Sa rencontre avec le tueur va semer le doute en elle. De même le spectateur voit ses certitudes vaciller quant au sort du gamin. Jusque dans cet épilogue qui laisse la question en suspens et que le mot final prononcé par Christine confirme. Ce n’est pas tant la vérité qui intéresse Clint Eastwood que le chemin qui conduira l’individu à s’interroger sur ses convictions et ses croyances toutes faites. Souvent celles-ci sont contradictoires avec l’établissement d’un véritable Etat de droit opérationnel, condition sine qua none des sociétés démocratiques modernes et de leur bon fonctionnement. Contrairement aux apparences, L’Echange s’affirme comme un film résistant, un film de résistance. C’est parce qu’existent des hommes et des femmes comme Christine Collins, résistants contre les iniquités diverses et soucieux du respect des droits fondamentaux, que l’Histoire d’un pays se fait, avance, et que son peuple grandit.






Titre : L’Echange
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : J. Michael Straczynski
Acteurs : Angelina Jolie, John Malkovich, Michael Kelly, Jeffrey Donovan, Jason Butler Harner, Devon Conti, Eddie Alderson
Photo : Tom Stern
Musique : Clint Eastwood
Production : Brian Grazer, Ron Howard, Rob Lorenz, Clint Eastwood
Distribution : Universal Pictures
Sortie : 12 novembre 2008
Durée : 2h21