Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 



Un inéxorable besoin de liberté

Le désir de liberté de Hulk (son besoin de grands espaces) est excellemment porté à l’écran lors de la séquence dans le désert. Comme pour l’oublier, le refouler une seconde fois, il est placé au plus profond d’une infrastructure souterraine (découpe schématique de la base militaire). Il commence enfermé dans une capsule, dont il se débarrasse vite, puis c’est au tour des cloisons de la prison militaire d’exploser sous la force des coups donnés. Il casse et détruit jusqu’à pouvoir enfin être à l’air libre. Pourtant, là encore, le cadre reste petit, c’est pourquoi chacun de ses bonds l’amène plus haut et plus loin. En vol, caressé par la brise, l’apaisement se lit enfin sur son visage (le rendu numérique est sur ce point-là saisissant). Devant le miroir une seconde fois (cette fois-ci c’est un rêve), Bruce essuie la buée sur la glace et c’est Hulk qui a pris le dessus et qui se reflète. Seule Betty saura retrouver celui qu’elle aime derrière le monstre. Sans arrêt traqué par les militaires, le géant vert atterrit dans une rue de San Francisco, et se retrouve face à la jeune femme. Vu de dos, il rapetisse et reprend forme humaine en même temps que Betty avance vers lui. Très jolie manière de conclure la séquence.

Entre laideur et beauté

Une scène dans ce film est ratée à mon goût (l’affiche aussi par ailleurs), celle dans laquelle Hulk est confronté aux trois chiens mutants. Non pas que l’action soit en elle-même décevante, mais les molosses y sont laids et ridicules. Heureusement, cette scène est encadrée de deux jolis moments : durant le premier, Hulk et Betty nez à nez s’observent plein de tendresse ; durant le second, après avoir écrasé les affreux canidés, Hulk regarde son reflet dans l’eau du lac comme le fait le monstre dans La fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935).

Faire gagner deux places au neuvième art

Si l’adaptation de Louis Leterrier (L’incroyable Hulk, 2008) renoue avec la série (la fuite du héros, le gros plan sur les yeux verts lors de la transformation...), celui d’Ang Lee est bien plus proche du comic book. D’une part pour les couleurs choisies, très vives. D’autre part, parce que Lee traduit génialement le format BD en langage cinématographique et à cette fin opte pour la multivision (le « split screen »). Les images glissent en des mouvements verticaux et horizontaux et leur enchaînement ne se limite plus à un découpage classique. Le travail sur les raccords est remarquable. Les plans par leur nombre multiplient les angles et les points de vue. Ainsi, dans une auréole grandissante, l’accouchement douloureux vient s’intercaller entre David Banner et son épouse, les séparant. De même, Glenn Talbot (Josh Lucas), rival scientifique, peut-être aussi concurrent amoureux, quoi qu’il en soit perturbateur, se place en une bande verticale entre Betty et Bruce et les recouvre à tout deux. Précédant le final et participant complètement à la mise en place d’une dramaturgie voulue pour le face à face du père avec le fils, les yeux de David Banner face caméra s’inscrivent en un bandeau gris dans la partie supérieure de l’écran pendant que l’histoire se poursuit dans la partie inférieure. Puis ce bandeau s’efface dans la nuit noire et la caméra descend lentement vers ce qui devient le théâtre de la dernière confrontation entre David et Bruce. Ces images composites sont non seulement une réussite esthétique mais aussi facilitent la narration, imposent un rythme plus soutenu ou ajoutent à l’efficacité des scènes d’action.