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MADEMOISELLE APOCALYPSE
de Benjamin Kühn
Par Nicolas VILLODRE

L’association Séquence, créée en 1988 dans la région Midi-Pyrénnées, soutient le cinéma, comme son nom l’indique. En 1992, elle organisa le premier festival consacré au court à Toulouse et ses environs. Depuis cette date a lieu chaque hiver, rituellement, la compétition finale. Et, cela va sans dire, la remise des prix...



Le court métrage Mademoiselle Apocalypse réalisé par Benjamin Kühn dans le cadre de la section cinéma-audiovisuel du lycée Las Cases de Lavaur, en Haute-Garonne, cosigné par deux autres élèves, Smaïn Labsi et Rodrigue Trano, a fait l’unanimité lors des phases de présélection tout au long de l’année avant de remporter le premier prix dans la catégorie Collèges/Lycées du 17e festival Séquence court-métrage 2008. Le film a été montré à la Cinémathèque de Toulouse où l’établissement scolaire a obtenu sa récompense, fin novembre 2008.

Malgré quelque maladresse ou faute de goût montrant la trop grande fascination du réalisateur pour le cinéma dominant, celui de genre en particulier, le titre, un peu bébête, le côté énervant de tout récit filmique, aussi trouble ou dysnarratif soit-il : on en a soupé des historiettes, même en littérature, les gros plans insistant inutilement sur l’acné juvénile du héros, le débit alangui du speaker de l’émission de télévision, les effets redondants d’un montage cherchant l’unisson ou la synchronie entre l’image et le son, la chanson de Marilyn, même parfaitement interprétée a capella, comme c’est le cas, mais pas vriment dans « l’esprit » du reste du film, malgré donc ces quelques points de détail, la qualité du noir et blanc de la photo et le sens sûr et certain du cadrage méritent d’être soulignés.

Proche en cela des cinéastes expressionnistes allemands, de maîtres du thriller fantastique tels que Hitch (on pense à Psychose en particulier), de réalisateurs contemporains d’œuvres surréalisantes comme le Canadien Guy Maddin (cf.http://www.objectif-cinema.com/spip.php ?article4852), voire d’auteurs de films expérimentaux ayant leur univers personnel, comme Patrick Bokanowski, M. Kühn maîtrise parfaitement son affaire, tire profit du moindre rai de lumière, sait mettre en scène ses comédiens, alterne en permanence le grotesque et le gaguesque – on est d’emblée dans une forme assez particulière de comique, assez proche de l’humour noir, et pas du tout dans celui, simplet ou potache, où se complaisent généralement les jeunes gens de son âge.

On garde donc en tête, longtemps après la vision du film, nombre de compositions graphiques, de vues photographiques étonnantes et de propositions visuelles tout à fait nouvelles : le garçon qui brique maniaquement sa mobylette bleue (même si le film est, rappelons-le en noir et blanc !), sur fond de grillage et de baraquement, l’image déformée du jeune couple surmaquillé de présentateurs de télévision, les plans sur le toit aux tuiles couleur brique de Tolosa...

Benjamin Kühn n’a plus qu’à tenir les promesses qu’il a faites en concoctant cette savoureuse production d’origine sub-westernienne et vrai régal filmique.