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Pour ce qui est des formes – à commencer par l’état physique de Nicole, sujet principal de conversation pour tous les membres de son fan-club –, on en est arrivé, il faut l’avouer, à un compromis entre la métamorphose soustractive, caverneuse, auto-mutilatrice d’hier (disons, pour faire simple, le bistouri) et le boursouflage additif, glutineux, sépulcral d’aujourd’hui – comme tous les lecteurs d’Elle (ou doit-on dire « de Elle », en bousculant allègrement les règles de l’élision ?) le savent, à coups de piquouzes de toxine botulique, d’acide hyaluroniuque, de collagène, d’auto-greffe de graisse, de lifts, d’implants et prothèses divers mais pas si variés que cela : augmentations ou, au contraire, réductions mammaires, liposuccion, rhinoplastie, recollage d’oreilles, nymphoplastie, remontage de seins, remodelage du visage, blépharoplastie, comblement des rides, resurfaçage, peeling, interventions et altérations au laser, dermabrasion, otoplastie, gynécomastie, faux mollets – gentille alouette, je te plumerai la tête et le bec, et le nez, et le dos, et les jambes, et les pieds, et les pattes, et le cou... Jouant les apprenties-sorcières, certaines ont cru, naïvement, pouvoir faire de la chirurgie une esthétique ou, si l’on veut, un art en soi, et contrôler à tout moment leur corps et/ou leur image. Mais les dégâts des os sont collatéraux, incorrigibles, irréparables, irréversibles. L’abus de l’une et/ou l’autre des deux méthodes – l’amputation ou le rubbing et le rembourrage ou le padding – a transformé, par approximations successives, frankensteiniennes, des générations de femmes, pas seulement de starlettes, en plastrons expiatoires des tentations anti-âge, des obsessions faustiennes et des blandices post-pitanguiennes. L’Hawaïenne de Sidney, frisottée à ses tout débuts comme Sharon Stone, a sans doute forcé la note pour ce qui est de l’usage et du dosage de cette médecine pas très douce, piège à filles et véritable guêpier (cf. http://www.objectif-cinema.com/spip.php ?article3921). Mais on a connu pire. La quadra s’en sort pour le moment plutôt bien, surtout, d’ailleurs, dans les scènes où elle n’a pas l’air d’être maquillée.

Pour ce qui est de la photogénie, elle sait porter le masque, comme les acteurs de kabuki ou comme le personnage dérisoire de la nouvelle de Maupassant. L’actrice fait dans l’impavidité, le glacial, l’inexpressif, façon top model bressonnien. Jamais dirigée (le réalisateur fait partie de ses admirateurs inconditionnels), toujours cadrée à la hâte, sous tous les angles, toutes les coutures, avec quantité de lumières parasites créant des reflets disgracieux, la vedette régionale de l’étape, nourrie aux gesticulations qui tiennent lieu d’actorat dans les soap operas et les téléfilms américains, se croit obligée de s’agiter en permanence, de mouliner des quatre fers, de hocher, baisser, tourner la tête en tous sens. Elle finira par perdre ce qu’il lui reste de face. C’est que son corps défendant finit par compenser, se révolter, se révulser contre le maintien, le corsetage, le guindage puritain, et ce dans une schize tout ce qu’il y avait pourtant de prévisible, proche en réalité de celle, paradoxale, du comédien, chère, entre autres, à Diderot.