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Objectif Cinéma : Vous êtes-vous déjà trompé sur un acteur, au point de devoir le changer en cours de tournage ?

Ulrich Seidl : Jamais. Et si ça avait été le cas j’en aurais assumé l’entière responsabilité.
Bien sûr, vous imaginez qu’avant d’engager un acteur je lui fais passer des tests, je le mets en situation... Je fais tout pour m’assurer qu’une fois sur le plateau il sera toujours authentique, capable de dévoiler ce qu’il a en lui.
Il y a des acteurs parfaits pour mon cinéma mais qui ne conviendraient pas à d’autres réalisateurs. Ma méthode est assez spéciale : je leur laisse le temps d’essayer des choses, d’improviser. Amener un acteur sur un plateau et lui demander de réciter son texte ou d’exécuter des consignes strictes ne m’intéresse pas. Je cherche les imprévus.

Dans Import/Export, alors que nous avions déjà accompli un tiers du tournage, j’avais de sérieux doutes quant à l’interprétation d’Ekateryna Rak, qui joue le rôle d’Olga. J’ai même pensé à la remplacer. Il faut dire que, pour des raisons économiques, nous n’avons pas pu tourner dans l’ordre chronologique. Nous avons du commencer par la partie autrichienne, avant de nous rendre en Ukraine. Ekateryna était mal à l’aise loin de chez elle. Nous avions du mal à communiquer. On ne pouvait pas l’approcher, elle maintenait systématiquement une distance. Elle était très loin, trop loin ; je voulais au contraire qu’elle s’approche du spectateur, qu’elle lui donne presque l’impression de le toucher. Je n’y arrivais pas, le résultat ne me plaisait pas. C’était un vrai problème. J’ai finalement trouvé une solution : créer un nouveau personnage, une amie à elle. Et je crois que ç’a fonctionné...

Objectif Cinéma : Comment faîtes-vous pour convaincre des amateurs de tourner dans vos films, où ils sont souvent amenés à jouer des scènes dégradantes, pour leur personnage en tout cas ?

Ulrich Seidl : C’est une expérience nouvelle pour eux. Imaginez-vous que je vous approche pour faire du cinéma : vous voyagez, vous êtes nourri, logé, et payé bien sûr. Plutôt intéressant, non ?

Objectif Cinéma : Mais cela ne relève-t-il pas tout de même, chez certains, d’une forme d’exhibitionnisme...

Ulrich Seidl : Je vous assure qu’il serait pour moi impossible de travailler avec quelqu’un qui a un penchant exhibitionniste. L’exhibitionnisme c’est bien pour la télévision, mais mon travail n’a rien à voir avec cela.