Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

LES DIMANCHES DE VILLE D’AVRAY
de Serge Bourguignon
Par Nicolas VILLODRE

Ce film invisible, pas encore édité en DVD, a été récemment montré à la Cinémathèque par Albert del Fabro, le plus langloisien des programmateurs, en présence de son réalisateur, l’oscarisé Serge Bourguignon.



Oyez, oyez, voyez, si le pouvez, la triste histoire d’un pilote de chasse qui, après avoir mitraillé durant tout le générique un village d’Indochine (mais on peut penser à d’autres cibles pour ce type de frappes dites « chirurgicales » : Hiroshima, le Vietnam, Gaza), après s’être écrasé en piqué avec, en ligne de mire, une fillette, a dû subir un choc physique et psychologique dont il ne se remet pas aisément, ce malgré les soins prodigués par la maternelle Nicole Courcel, nurse dans un établissement parisien de l’Assistance publique – le réalisateur, conscient de la photogénie de sa vedette, s’arrangera pour la dénuder un peu, au passage, mine de rien, dans une scène de salle de bain, ce peu étant le maximum permis par la censure cinématographique gaulliste d’alors. Le comédien, assez curieusement, allemand, de cette production à gros budget, en scope noir et blanc, Hardy Krüger, la jouera d’ailleurs bâilleur cornélien et demeurera, si l’on peut dire, bouche bée pendant les deux fuseaux que dure le clip.

Le site moyenâgeux de Ville-d’Avray, cher à Jean Rostand et à Boris Vian, qui avait, à l’époque du film, et jusqu’à il n’y a pas si longtemps, conservé son cachet, son cadre naturel, ses espaces verts, sa forêt, ses routes de chasse destinées à la cour versaillaise et les étangs qui fascinèrent Jean-Baptiste Corot, sert de toile de fond au film. L’atmosphère bucolique qui se dégage, le design des trains desservant alors la banlieue, le mobilier de la gare, l’uniforme du cheminot, la coiffure-choucroute de la belle Nicole, le tout sur fond musical de l’Adaggio de Tomaso Albinoni, d’un concerto de Georg Friedrich Händel, d’un aria du Dottore Ottorino Respighi, d’un oratorio de Marc-Antoine Charpentier, contribuent à créer une ambiance rassurante, rétro ou intemporelle, à une époque ou d’autres cinéastes filmaient la ville, les ravages de l’industrie, les terrains vagues. Les décors reconstitués en studio par Bernard Evein paraissent du coup plus vrais que nature – on ne les distingue guère de la scénographie extérieure si ce n’est en se focalisant sur les reflets mats du carton pâte.