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TWO LOVERS
De James Gray
Par Guillaume RICHARD

SYNOPSIS : New York. Leonard hésite entre suivre son destin et épouser Sandra,la femme que ses parents lui ont choisi ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, Michelle, belle et volage, dont il est tombé éperdument amoureux. Entre la raison et l’instinct, il va devoir faire le plus difficile des choix...



Two lovers fonctionne par après-coup, comme un antidote. Pendant la projection, rien ne se passe réellement, le spectateur est même surpris par la "banalité" de l’histoire et du propos, et peut se surprendre à éprouver de l’ennui. Pourquoi, dès lors, le film nous séduit à ce point, pourquoi est-il, en fin de compte, si fort ? James Gray construit son film à partir de la sensation, et fait de "Two lovers" un film-rêve, parsemé de moments sortis tout droit d’une forme de vécu commun à tous les spectateurs. Cette forme, justement, est celle que l’on rencontre dans les rêves : émotion pure, moments brefs et épurés, sublimation, légèreté et, surtout, le sentiment inéluctable de la perte. "Two lovers" épouse cette structure, Gray semble en effet chercher ces différents traits comme principe directeur de la mise en scène. Le résultat en devient ainsi surprenant, voire unique. Qui peut prétendre réaliser un vrai film-rêve, fondé sur la réalité de nos nuits ?

Ces moments, ces sensations, traversent le film sous diverses formes. C’est d’abord la relation qu’entretient Léonard, incarné par le toujours excellent Joaquim Phoenix, et Michelle, jouée par la revenante (ou la découverte ?) Gwineth Paltrow, qui n’a jamais été aussi intéressante. Michelle est la femme d’un rêve par excellence, moitié déesse sujette à la fascination la plus pure, moitié femme actuelle, tiraillée, toujours ailleurs. James Gray la filme toujours dans un point de vue tissé de sensations, il donne beaucoup plus à sentir qu’à voir. D’où la scène miraculeuse où ils font l’amour sur le toit, provocant chez le spectateur un sentiment étrange, une forme de déjà-senti. C’est simplement la présence, mais aussi la vie quotidienne de Michelle qui fascine autant Léonard que le cinéaste. Outre cette présence centrale et organisatrice, c’est l’ensemble du film qui fonctionne sous le régime que nous avons décrit. Léonard ressent, il est traversé constamment par ses souvenirs, ses émotions, ses rêves. Il incarne un personnage tragique, une histoire qui ne cesse de se déplier à chaque plan, hantant sans cesse les décors et les relations humaines. Ce thèmes, récurrents dans les films de Gray, trouvent ici une nouvelle expression, plus profonde, moins narrative, de par la nature et le contexte dans lequel Léonard baigne, son "état", sa constante posture entre deux mondes.