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MARTEDI ROMA
de Giovanni Martedi
Par Nicolas VILLODRE

Là où, pour certains, Giovanni Martedi est, au cinéma, un maestro de l’Art pauvre (il faut dire que la première expo de ce mouvement eut lieu dans sa ville natale, à Gênes, en 1967), pour d’autres, au contraire, il est le plus riche des cinéastes puisqu’il se permet le luxe de n’en faire qu’à sa tête, de vivre à sa guise et, moyennant certes une vie monacale, de ne produire que les films qu’il souhaite, quand et comme bon lui semble.



Dans le cadre de la Mostra del cinema d’artista italiano, dalle origine del Futurismo al nuovo millennio (Festival du film d’art italien, des origines du Futurisme au nouveau millénaire) organisée par Piero Pala, qui est à notre connaissance la première du genre en Italie et qui s’est tenue du 10 au 14 décembre au Nuovo Cinema Aquila ainsi qu’à l’Ambassade de France à Rome (le fameux palais Farnese), a été présentée une mini-rétrospective du travail de Giovanni Martedi (http://www.objectif-cinema.com/spip.php ?article3747). Au cinéma Aquila ont été projetés les films-films, c’est-à-dire en 16mm, qui ne requièrent pa nécessairement la présence du cinéaste, ce qui ne veut pas dire qu’il s’agisse de films tournés par les moyens habituels (l’un d’eux résultait non pas d’une marche sur Rome mais d’une marche sur la pellicule, avec des semelles enduites de plusieurs teintes de peinture).

Les films de Martedi ont donc contribué à illustrer les objectifs des programmateurs qui ont réuni les pièces à conviction d’un cinéma autre : « Un cinéma d’art, autonome, d’une nature différente du théâtre ou de la littérature. »

Malheureusement, du fait de l’organisation, ou plutôt de l’inorganisation (inefficacité de la demande officielle, si demande il y a eu, de la part des services culturels français, auprès de la mairie de Rome), on n’avait pas jugé nécessaire d’éteindre, pour si peu, l’illumination nocturne de la place Farnese et la projection d’un des meilleurs films de Martedi s’est perdue dans les limbes de l’éclairage public de la cité lupine. Comme si cela ne suffisait pas, il s’est mis à tomber des cordes ce soir-là, ce qui n’a pas permis de faire le plein d’audience. Il faut dire aussi, à la décharge de l’ambassade qui n’avait pas mis tous ses rochers Ferrero dans le même panier ni ses petits plats dans les grands, qu’on n’a pas idée de vouloir projeter en plein air, en décembre, des films... Même dans la ville éternelle, il arrive qu’on ait à subir les intempéries !

Dommage ! La performance MD (1978) du pionnier du cinéma élargi des années 70, comme la guerre de Troie, n’a pas vraiment eu lieu. Tout était prêt, pourtant, côté programmateurs du festival. On avait installé, face à la façade de l’illustre bâtiment, un camion qui servait de cabine de projection en même temps que de parapluie au projectionniste, à l’artiste et à son assistant préféré, Jacques Brunswic. L’idée paraît simple – encore fallait-il y penser et, surtout, la réaliser – : Martedi récupère l’image projetée par un appareil 16mm et la renvoie à la volée, comme au tennis, au jeu de paume ou à la pelote basque (cf. l’expression « envoyer aux pelotes »), grâce à un miroir circulaire fixé sur une perceuse électrique (appareil que possède tout bricoleur digne de ce nom et qui fut inventé, faut-il le rappeler ? à Stuttgart à la fin du 19e siècle par Wilhelm Emil Fein) et tournant à moyenne vitesse, façon disque de ponceuse. Il y a un truc, bien sûr. Pour que tout ceci fonctionne correctement, pour que les ricochets plastiques, les reflets des rayons et les éclats d’image se répartissent au mieux dans l’espace (fassent un effet bœuf), le miroir n’est pas accroché perpendiculairement à l’axe de l’outil, mais suivant une certaine (comme disait Fernand Reynaud) inclinaison. Cet angle a été tenu secret jusqu’à aujourd’hui, comme la formule du bleu Klein ou la composition du Pepsi-Cola (dont on sait qu’elle est à base de bicarbonate, de sirop caramélisé, d’extraits de plantes rappelant le coca et le kola originels, de colorants et d’eau, mais dont on ne connaît pas le dosage exact).