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BRUCE CONNER
Rétrospective au Centre Pompidou
Par Nicolas VILLODRE

Le Centre Pompidou a présenté, début 2009, une rétrospective du cinéaste expérimental Bruce Conner, disparu l’année dernière, qui a permis de voir ou de revoir ses films qui font partie de l’autre histoire du cinéma.



Conçus comme des miniatures ou des enluminures, bref comme du travail d’orfèvre, les opus de Bruce Conner que Philippe-Alain Michaud a eu l’excellente idée de reprogrammer au Cinéma 2 du Centre relèvent de l’esprit du collage, au sens où l’entendaient les Surréalistes (cf. le texte définitif d’Aragon sur la question). Assemblagiste, pour reprendre l’expression employée lors de la présentation le jour J de la soirée inaugurale du cycle, en présence d’une assistante du cinéaste, le Californien d’adoption est un des pionniers, en Amérique du moins, de ce qu’il est convenu d’appeler le « found footage ».

Les Lettristes, dès 1951, avaient utilisé des chutes pour réaliser des films dans le seul standard présentable à l’époque, qui était le 35mm. Une infime partie du Traité de Bave avait fait l’objet d’un tournage montrant le look germanopratin et pré-presleyen d’Isou ; certaines chutes avaient été biffées sans doute pour qu’on n’en identifie pas l’origine ; ce qui était important dans ces films produits par Marc’O était surtout la bande-son. La donnée économique était, nous semble-t-il, déterminante dans ce parti-pris, « éco-esthétique », de ne pas tourner mais, plutôt, de détourner des films prêts à l’être (« ready made »). Dans un deuxième temps seulement, cette pratique assez commode, délibérée, assumée est devenue un effet purement esthétique, non plus un moyen de se « situer » sur la scène ou dans le « milieu » du cinéma mais un but en soi. Isou, avec la complicité bienveillante de Cocteau, président du jury du festival de Cannes, visait à secouer le cinéma dominant, passif, poussif, empoussiéré, encroûté (comme des toiles de peintres pompiers) au sortir de la guerre – contrairement au festival de Berlin, la manifestation corporatiste cannoise, teintée d’auteurisme et de cinéma soi-disant « indépendant », n’a pas vraiment évolué et ne fait toujours pas de place à l’expérimental.