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Engendrer les ténèbres

Le Joker sème le chaos autour de lui, certes. Mais n’a-t-il pas été engendré par l’homme chauve-souris en personne ? De son désir de justice et de sécurité, le super-héros nocturne incarné par Bruce Wayne (Christian Bale, peut-être plus convaincant derrière le masque que ses prédécesseurs) engendre de fades épigones (l’étrange combat contre ses piètres doubles), voire de terribles monstres. Le Joker et lui, selon les propos de ce premier, sont les deux faces d’une même pièce, et, par l’intermédiaire du bouffon au triste maquillage, Harvey Dent (Aaron Eckhart), seul espoir politique de la ville, devient à son tour agent du chaos, l’impitoyable Double-Face.
L’incorruptible James Gordon (Gary Oldman) l’avait mis en garde contre cette escalade (Batman begins, 2005)... De son désir de justice et de sécurité, Wayne se place au-dessus des lois. Il a également recours à des méthodes peu respectueuses des libertés (la surveillance de tous les téléphones portables des habitants de Gotham) qui posent même problème à ses proches (Lucius Fox que joue Morgan Freeman)*.
L’homme chauve-souris ne serait-il pas lui-même source de chaos ? Il est d’ailleurs né de la Ligue des Ombres (Batman begins). Comment alors ne pas penser à une noire personnification des Etats-Unis ? Le parallèle politique est fait par le procureur Dent : en cas de crise, Rome laissait agir un césar doté des pleins pouvoirs et censé résoudre la situation... Le chevalier noir au centre de Gotham (la tour Wayne) comme la superpuissance américaine au centre des relations internationales, et tous deux soucieux de rétablir l’ordre (mondial) mais participant pleinement au désordre... Le sur-homme cause de dégâts pour faire le bien s’établit de cette façon comme thème privilégié cette année 2008 (L’incroyable Hulk de Louis Leterrier et Hancock de Peter Berg).

Retrouver les ténèbres

Alors que tout le machiavélisme du Joker se dévoile, et que l’on se résigne presque à ne plus voir dans le justicier masqué qu’une inoffensive pipistrelle (son impuissance dans la batmobile et sur la batmoto, aussi ses principes qui le rendent incapable de tuer un ennemi désarmé), c’est notamment grâce à la population prisonnière sur l’eau que l’espoir est à nouveau permis. A partir de là, le Batman peut enfin balayer l’affreux au sourire figé d’un coup d’aile.
Le chaos est cependant répandu et face à lui Batman ne doit pas perdre espoir : Alfred (le flegmatique et très plaisant Michael Caine) brûle une lettre peu réconfortante pour le héros. Gotham ne doit pas perdre espoir. L’image de Dent risque d’être entachée, c’est pourquoi le chevalier noir décide de plonger un peu plus dans les ténèbres. Lui-même double-face, Batman fait le choix (géniale idée !) d’être le responsable de tous les maux de Gotham, un insondable abîme destiné à happer toutes les ombres qui empêchent la lumière de pénétrer la ville...

Gotham, ville mondialisée

Du carton-pâte des décors voulus par Tim Burton (Batman et Batman, le défi, en 1989 et 1992), on se retrouve au cœur d’un bouquet de tours de verre et le long de grandes avenues, l’ensemble si caractéristique des métropoles nord-américaines modernes. Christopher Nolan offre par moment des images réalistes de la ville inspirées des films de Michael Mann (on trouve dans plusieurs critiques, Abel Grau dans El País ou Julien Munoz dans Cinema-france, que le réalisateur s’est inspiré de Heat pour la scène de braquage orchestré par le Joker). Pour la première fois, Batman begins réservait à Wayne une sortie hors les murs de Gotham.