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BERLINALE 2009

RAGE

de Sally Potter
Par Nicolas VILLODRE

L’idée, au départ, est bonne. Chris Marker l’avait déjà eue il y a quelques années (cf. Level Five, 1997), sans pouvoir vraiment la réaliser de manière convaincante – on reste ici et là dans la tentative, l’esquisse et la feinte d’un film généré par ou au moyen de l’internet. Ici, le réalisateur est soi-disant un blogueur censé avoir filmé le drame s’étant déroulé lors de la présentation d’un défilé de couture à l’aide de son portable.



Formellement aussi, cela démarre bien. Le dispositif très simple qui consiste à faire raconter des bribes ou des points de vue différents d’une même histoire par des personnages captés uniquement face caméra (le jeu sur le hors-champ, comme disaient les critiques dans les années septante) aurait très bien pu donner naissance à un film expérimental audacieux – c’est le principe d’ailleurs de films warholiens comme Chelsea Girls.

Mais on se lasse de toutes ces simagrées. De tout ce simulacre. De toutes ces caricatures. Mise à part peut-être la mignonne nymphette rousse Lily Cole, aucun acteur n’est vraiment crédible dans son rôle tout ce qu’il y a de plus théorique (le livreur de pizza, trop propret, le couturier, trop grossièrement imité, le PDG de la maison de couture, trop arrogant, le top model, trop âgé, la petite main d’origine latino, trop pleurnicharde, la rédactrice de mode, trop distinguée, le photographe, trop azimuté, l’inspecteur de police, trop énervé...)

Et on se désintéresse de cette hystérie, de ces couleurs criardes, captées en vidéo professionnelle (qui n’est ni tout à fait du 35mm, bien que l’opus prétende au statut de « film », ni vraiment du numérique ultra-compressé comme celui de la téléphonie et du web), de cette galerie de portraits qui sonnent faux.

La critique sociale n’implique pas nécessairement un « cinéma du réel », le recours aux moyens du cinéma direct, du documentaire, de la caméra-stylo, etc. où les Britanniques ont toujours excellé. Quoique... Les films de Debord (notre nouveau Trésor national) ont montré qu’une bande-son travaillée, écrite, pensée, juxtaposée à n’importe quelle image, y compris à de l’image noire, suffit à exprimer un point de vue politique sur telle ou telle question – Rage essaie de traiter, paraît-il, de la mondialisation, de la crise, des conditions de travail, de la délocalisation, de la fétichisation morbide de l’apparence.

Les Anglais ont également prouvé qu’on pouvait porter un regard critique sur la société y compris au moyen de la mode – cf. le lien entre le punk, mouvement proche des idées situationnistes, et de stylistes provocateurs du moins à leurs débuts !, tels que Vivienne Westwood.

Rage : vraiment pas de quoi s’exciter.






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Réalisé par  : Sally POTTER
Avec  : Jude Law , John Leguizamo , Dame Judi Dench