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BERLINALE 2009

MEI LANFANG
REGRETS ÉTERNELS
FOREVER ENTHRALLED

de Chen Kaige
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : « Forever Enthralled » raconte la vie de Mei Lanfang, un des plus grands chanteurs de l’Opéra de Pékin. En Chine, les acteurs, en début de carrière, ne sont guère mieux considérés que les prostituées. Mei Lanfang se bat pour être reconnu, surmonte des premières années difficiles et finit par accéder à la postérité.



Cette fois-ci, avec Jeannot, comme dans le monologue intérieur de Guy Bedos dans son slow avec Sophie Daumier, on s’est vraiment accroché. Méthode Coué, quoi ! Jusqu’au bout ! Jusqu’à l’extrême fin fond, qui faisait tout de même dans les cent quarante sept minutes, ce qui n’est pas rien ! au compteur électronique de notre Rolex à quartz comme au sablier - si à cinquante ans, on ne peut pas se payer un sablier, c’est qu’on a vraiment raté sa vie. Ce qui paraîtra longuet à certains et court à d’autres, s’agissant du biopic d’une fameuse diva de l’opéra chinois du 20e siècle. Meil Lanfang (1894-1961), acteur, danseur et chanteur lyrique, l’un des meilleurs de sa génération, si l’on en croit les spécialistes les plus pointus ainsi que les amateurs d’opéra chinois répartis dans le monde entier. Il a, paraît-il, vécu en moine, a placé son art au-dessus de tout et voué sa vie à une discipline assez particulière, jouant avec l’ambiguïté, poussant à l’extrême la notion de grâce et de délicatesse et surmontant toutes les difficultés techniques ainsi que les préjugés sociaux.

Né dans une famille d’artistes d’opéra, il fit ses débuts sur les planches en 1904. Son chant, sa tenue, son nom de scène ainsi que ses rôles étaient féminins, comme le voulait une certaine tradition. Il a, sinon révolutionné, du moins réformé sa discipline, en tout cas rompu avec la routine et les codes établis. Il a dépoussiéré l’interprétation, a modernisé le théâtre, a opposé la beauté à la simple distraction destinée, comme de nos jours la télévision et le cinéma dominant, à aliéner les spectateurs. Il a enrichi la centaine de rôles qu’il a interprétés, en cinquante ans de carrière, de poses, de gestes, d’expressions et d’accents tout à fait personnels.

Meil Lanfang a fait des tournées dans de nombreux pays, notamment aux Etats-Unis où il fut chaleureusement accueilli en 1930 par des admirateurs comme Charles Chaplin, Douglas Fairbanks et Mary Pickford. Sergei Eisenstein fit aussi partie de ses fans et il l’invita à Moscou en 1935. Lanfang y rencontra Stanislavski, Meyerhold ainsi que Brecht dont la théorie sur la « distanciation » prend en compte la conception chinoise du jeu de l’acteur.