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affiche Orange mécanique
ORANGE MECANIQUE
De Stanley Kubrick
Par Antoine BENDERITTER

SYNOPSIS : Au XXIème siècle, où règnent la violence et le sexe, Alex, jeune chef de bande, exerce avec sadisme une terreur aveugle. Après son emprisonnement, des psychanalystes l’emploient comme cobaye dans des expériences destinées à juguler la criminalité...



Considérations sur le spectateur de cinéma
à partir d’Orange mécanique (1971) de Stanley Kubrick

Les yeux grands ouverts

« Il y a quelque chose que les plus grands metteurs en scène du monde ne peuvent pas savoir – c’est ce que ressent quelqu’un qui va voir leur film pour la première fois. C’est un fossé incroyable qui sépare votre impression après avoir fait un film de celle du spectateur qui le voit pour la première fois » (1). Cet aveu à la fois étonnant, humble et livré sous le sceau de l’expérience est dû effectivement à l’un des plus grands metteurs en scène du monde, Stanley Kubrick, à l’occasion d’un entretien avec Michel Ciment réalisé un an après la sortie d’Orange mécanique (1971).

Ce film a fait couler beaucoup d’encre et provoqué des réactions furieuses, au point d’obliger – fait unique dans l’histoire du cinéma – son réalisateur à le retirer des salles anglaises. Dans sa biographie sur Kubrick, John Baxter revient sur cette sortie houleuse, recensant certains articles de l’époque où l’on attribuait au film la responsabilité d’avoir incité quelques délinquants à commettre leurs crimes en référence directe aux agissements d’Alex et de sa bande de droogs(2). Mais il estime qu’aucune preuve n’a jamais été réellement apportée à l’appui de cette influence supposée du film. De son côté, dans ce même entretien avec Michel Ciment, Kubrick explique qu’ « il n’y a pas de preuve que la violence ait un effet direct sur les actes futurs des spectateurs adultes. En fait, tout prouve le contraire. Même sous hypnose ou dans un état post-hypnotique, on a montré que des gens ne font pas des choses contraire à leur nature » (3).

Néanmoins, c’est donc entre autres à propos d’Orange mécanique que la question de l’efficience du film sur le spectateur s’est trouvée à nouveau posée sur la place publique(4) . Cette question est vieille comme le cinéma, et déjà, lors des premiers temps du muet, on voulait voir une influence pernicieuse dans les images mouvantes projetées dans les peu reluisantes salles foraines d’alors, confondant sans doute le contexte de projection et les saynettes filmées elles-mêmes. Puis, lorsque le cinéma, dans un deuxième temps, s’est constitué comme un langage, les idéologues révolutionnaires (Lénine) et totalitaristes (Goebbels) ont vu dans cet art à la fois mécanique et émotionnel un instrument de propagande auquel on attribuait une portée qu’on n’avait accordée à aucun art jusqu’alors, par la force de son dispositif comme par l’étendue de son contact avec le public.