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Le génie de ZVIAGUINTSEV consiste en ce que le symbole ne prend pas le pas sur le réel ; la réalité n’est pas adaptée, améliorée, pour cadrer avec sa Foi, mais les deux conversent. Le symbole n’est pas le plus important, c’est son incarnation dans la réalité, c’est l’éclairage qu’il peut donner à la vie et au goût qu’elle a. On peut ne voir que le fait divers, il en fait un midrash, une parabole contemporaine, qu’on accepte ou qu’on refuse. Ce n’est pas l’hagiographie d’un saint ou l’adaptation de la Bible, c’est la vie d’un homme ordinaire, à laquelle ZVIAGUINTSEV insuffle délicatement, si l’on veut le voir, une âme, et qui apparaît alors transfigurée.

Le Bannissement est tout aussi extraordinaire. L’environnement devient tout d’un coup l’image répétée du paradis perdu ; la fille s’appelle Eve, la silhouette de l’arbre de la Connaissance du Bien et du Mal est omniprésente, comme si chaque homme était un nouvel Adam. L’homme se lave les mains du sang de son frère. C’est une figure de Ponce Pilate, indifférent à la mort des autres, donc indifférent à la valeur de la vie. Lors de la visite au cimetière, les enfants demandent : "Pourquoi est-il mort ?". L’homme répond : "Tout le monde meurt". Le soir même, sa femme lui déclare : "J’attends un enfant. Ce n’est pas le tien". L’homme ne l’accepte pas, hésite à la tuer (conventions du film noir et du drame psychologique à la Fritz LANG), puis sur les conseils de son frère (qu’il avait soigné et dont il s’était lavé du sang), la fait avorter. Le scénario est bouleversant, époustouflant jusqu’à la fin... Je ne le raconterai donc pas.

Comme dans Le Retour, tout peut être lu comme un drame psychologique. L’autre niveau, c’est la valeur de la vie humaine, c’est la mise au centre du monde du dessein d’un dieu pour chaque être, qui loin de rendre l’homme esclave, relève l’homme, puisqu’il participe au dessein de ce dieu.

On peut voir le cliché du mari déçu qui part chercher la solitude au milieu d’un orage, on peut aussi se laisser guider par l’image du châssis de la porte, en forme de croix. L’eau ruisselle d’une source tarie, et vient laver la campagne, jusqu’à la maison, jusqu’à la ville, jusqu’à l’homme, et cette eau devient purificatrice. Le travelling reprend d’ailleurs celui de William WYLER dans Ben Hur, sur l’eau qui ruisselle du calvaire à la mort de Jésus, et vient gonfler les fleuves jusqu’à la mer.

Le message de ce film, c’est la vie. Ce qui fait sa grandeur, c’est la liberté qu’il laisse au spectateur ; peu importe que celui-ci adhère aux symboles ou non, l’histoire se suffit à elle-même. Elle déroute, on se demande jusqu’où Andreï ZVIAGUINTSEV va oser aller, il surprend jusqu’à la fin, on continue à y penser une fois la projection achevée. C’est un film qui a la densité d’un livre. Un chef-d’oeuvre exceptionnel.






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