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affiche [REC]
[REC]
de Paco Plaza, Jaume Balagueró
Par Antoine BENDERITTER

SYNOPSIS : Angéla est journaliste pour une télévision locale. Accompagnée de son caméraman, elle relate le quotidien de ceux qui travaillent la nuit. Ce soir, elle est dans une caserne de pompiers. La nuit est calme, aucune urgence. Jusqu’au coup de fil d’une vieille dame qui réclame du secours. Le tandem suit les pompiers et découvre en arrivant sur place des voisins très inquiets. D’horribles cris ont été entendus dans l’appartement de la vieille dame. Angéla perçoit la tension des habitants, son reportage devrait enfin sortir de la routine... Elle n’imagine pas à quel point !



Vers le néant.

Caméra à l’épaule, filmé comme un reportage TV qui dérape, [Rec] s’assume jusqu’à sa dernière minute pour ce qu’il est : un petit film d’horreur efficace.

Le titre a valeur d’annonce. Il décape. Sec et fonctionnel, il aspire à renouer avec une authenticité perdue : dans une bonne partie du cinéma d’horreur récent, un certain baroquisme a blasé le spectateur, érodé sa faculté à adhérer et à frémir. Trop d’effets. Excès de dramatisation et de style. Il fallait revenir aux fondamentaux.

Et puisqu’on ne peut plus se passer de la ficelle technique, rendre celle-ci encore plus voyante, au point que loin de parasiter le film, elle en devienne le sujet même, l’étendard et le principe directeur de son dispositif interne : une caméra, j’enregistre, je capte en temps réel. C’est dans l’air du temps (caméras sur téléphones mobiles, succès de YouTube...).

Cela dit, on pourrait faire remonter la généalogie du procédé au moins à Michael Powell. Dans la catégorie du film morbide auto réfléchissant, Le voyeur (1960) est un chef d’œuvre, bien plus que [Rec], et pas seulement en raison de son statut de film maudit. Son plan séquence introductif correspondait au film tourné par le « peeping tom » pendant que celui-ci abordait la prostituée dont il allait transpercer la gorge du trépied de sa caméra. L’oeil enregistre, assassine, spectateur et témoin à la fois. Oui, aller au cinéma c’est être voyeur : c’est aussi, d’une certaine façon, devenir coupable. Le malaise distillé par ce grand film morbide provenait de l’inconfortable vérité qu’il avait l’audace d’éclairer. En l’occurrence, le caractère fondamentalement malsain du cinéma, qui, même lorsqu’il se contente de suggérer, n’a que trop naturellement tendance à se vautrer dans l’exhibitionnisme. À se complaire dans la seule surface, au lieu de considérer celle-ci comme un point d’entrée. Et ainsi à éluder l’essentiel : l’expérience intérieure.