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Affiche Shining
SHINING
de Stanley Kubrick
Par Antoine BENDERITTER

SYNOPSIS : Jack Torrance, gardien d’un hôtel fermé l’hiver, sa femme et son fils Danny s’apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Danny, qui possède un don de médium, le "Shining", est effrayé à l’idée d’habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles évènements passés...


Confinements.

Le plus rémanent, dans Shining, ce n’est pas le scénario, ni l’interprétation, toute explosive qu’elle soit. Non, c’est l’incroyable traitement infligé à l’image. Optiques à courte focale. Plans larges. Eclairages immaculés et irradiants. Shining possède un éclat particulier, une texture : il est lumineux et glacé, au même titre que Full metal jacket est crépusculaire et tranchant, ou Eyes wide shut chatoyant et granuleux. La forme épurée de la mise en scène épouse cette identité presque tactile. On n’y pense pas forcément dans le présent du visionnage, mais quelques jours ou bien six mois plus tard, une fois le contenu narratif oublié, on se rappelle quand même cette sensation. Le « film-matière », ciselé tel un diamant, a laissé une trace lancinante. Comme des rayures dans l’âme.

Shining est strié de travellings latéraux, avant et arrière. Le travelling, c’est le voyage de la caméra dans l’espace : un voyage physique par opposition au zoom, voyage mental. Les travellings arrière sont les plus mémorables : imposants, ils semblent accomplir le programme du cinéma muet primitif en nous offrant une vision large et faciale des lieux et des acteurs. De plus, ils paraissent anticiper les déplacements des personnages, comme si la caméra était dotée d’un don de divination – à l’aune de Dany, l’enfant qui a le Shining.

Ces travellings aériens (même lorsqu’ils sont à ras du sol) semblent incarner des flux mentaux, neuronaux. En plus de côtoyer un labyrinthe, l’hôtel lui-même est un labyrinthe, et ce labyrinthe est un cerveau. Pas une bouillie informe et frémissante de matière grise : mais un cerveau « rationalisé », orthogonal, dont la maladive géométrie n’a rien de naturel. Cela dit, cette géométrie n’a-t-elle rien d’humain non plus ? C’est par cette question que nous touchons à la plus forte singularité du film.