Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 



Rationalisme et folie.

En effet, Shining reflète des aspects de notre quotidien. Nous circulons, mangeons, travaillons, faisons l’amour, en un mot vivons dans des espaces géométriques barrés de lignes droites et d’angles droits. Comment ne pas voir que ces architectures sont le reflet de notre âme ? Cet étroit carcan visuel qui nous circonscrit, nous n’y prenons même plus garde ; à notre insu, il opère sa pénétration en nous, au plus intime de nos modes de pensée et de notre sensibilité. Sensibilité rationaliste dont il procède originellement. La boucle est bouclée dans cette autoalimentation onaniste voire incestueuse de la pensée humaine, confinée, par le miroir de ses habitacles physiques, dans un tête à tête délétère avec elle-même.

Archétypes des habitations humaines, les hôtels alignent rectilignement les chambres comme autant de cellules d’abeilles, indifférenciées et anonymes. Toutefois, les insectes obéissent à une logique moins strictement cartésienne ; leur programme génétique adhère davantage à l’apparent désordre de la nature, à son foisonnement vivant. Chez l’homme, tout est artificiel. Aseptisé. Tout s’est coupé de ses racines naturelles. Epure géométrique du moindre plan, symétrie impitoyable des cadrages. Le fonctionnalisme et l’intellectualisme touchent au délire, à la folie. Oui, la folie s’insinue partout ; elle est indissociable de l’intelligence, et n’est pas plus le monopole des fous que la bêtise n’est celui des idiots. Shining pourrait être un film sur la folie qui s’est emparée des hommes au fil de leur civilisation. De fait, certains éléments de l’histoire de cette civilisation sont explicitement évoqués. Les migrants américains ont massacré les peuplades indigènes ; l’Overlook Hotel est construit sur un cimetière indien. La folie n’est donc pas seulement intellectuelle, elle est meurtrière. Les chambres de l’hôtel se dressent comme autant de pierres tombales dans un cimetière dont le faste lumineux voilerait la décrépitude.

De là à penser que l’homme, ou plus exactement la pensée humaine est une aberration au sein de l’ordre du cosmos, il n’y a qu’un pas. Nul Dieu, nulle transcendance, nulle présence mystique ; les sécrétions de la civilisation humaine s’imposent jusqu’à la nausée. Mais sans que soit levé le mystère. Sans que se rompe la fascination devant l’impénétrabilité des choses, ni l’effroi qui nous saisit face à cette irréductible étrangeté.

Les clichés et au-delà.

Qu’en est-il de la diégèse à proprement parler ? Le scénario (maison hantée, enfant possédé, fantômes, vagues de sang, démence…) tutoie les stéréotypes au point de risquer la platitude. Peu de clichés horrifiques nous sont épargnés, mais aucun ne transcende le genre auquel il se réfère. En fait, Shining ne laisse pas l’impression d’un film d’horreur classique, même de haute volée : au-delà de la mise en scène, certains détails narratifs contribuent à cette sensation.