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CIARAN HINDS
Acteur
Entretien réalisé le 16 décembre 2008
Par Andréa GRUNERT

Né à Belfast, Ciarán Hinds a fait ses études à la Royal Academy of Dramatic Arts à Londres, avant de commencer sa carrière d’acteur sur les planches du Citizens Theatre à Glasgow, un des théâtres les plus innovateurs en Europe durant les années soixante-dix et quatre-vingt. Son itinéraire professionnel l’a mené de Glasgow au Abbey à Dublin, de la Druid Theatre Company de Galway à la Royal Shakespeare Company. À la fin des années quatre-vingt, il a rejoint Peter Brook et la troupe du Mahabharata pour leur tournée mondiale. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, Hinds s’est de plus en plus consacré au cinéma et à la télévision. On a pu le voir dans maintes productions britanniques, mais aussi américaines voire internationales. De December Bride (Irlande/Grande-Bretagne, 1991) de Thaddeus O’Sullivan à Munich (USA, 2005) de Steven Spielberg, de Jane Eyre (Grande-Bretagne, 1997, télévision) à la série Rome (2005), produite par HBO et la BBC, où il incarne Jules César, il a réussi à insuffler la vie à des personnages les plus variés, laissant son empreinte sur le moindre de ses rôles. Ayant fait de la danse irlandaise pendant de longes années, ce danseur-là est un acteur qui n’aime pas jouer la vedette, mais se considère comme membre d’une équipe. Échappant au glamour, il change ses masques au besoin et, à chaque fois, fait ressortir à merveille la complexité des personnages qu’il interprète.



Objectif cinéma : Comment séparer le danseur de la danse ?

Ciarán Hinds : Cela veut dire quoi ? Ce que signifie la danse ? Et est-ce que le danseur fait partie de la danse ? J’ai vu une fois quelqu’un jouant du violon à Galway en Irlande. Il y avait ce moment où vous ne saviez plus qui en avait le contrôle. Ceci arrive sans doute aussi avec de grands musiciens : ce moment où l’instrument semble avoir pris le contrôle sur l’homme qui en joue, les deux étant en parfaite harmonie, et où vous ne savez plus si le violon est enchanté et guide l’homme ou si l’homme en a encore le contrôle.

Objectif cinéma : Est-ce que vous pouvez laisser le rôle derrière vous sans difficultés avant de rentrer chez vous ?

Ciarán Hinds : Cela dépend des rôles, cela dépend des personnages, s’ils sont particulièrement extrêmes. Du fait que vous êtes émotionnellement impliqués, quelques-uns laissent évidemment des traces. Je me mets normalement dans une situation où j’essaie de maintenir le travail dans son contexte, sans qu’il en résulte du désagrément. Tel le danseur et la danse, le joueur et le jeu. Quand est-ce qu’il est temps de jouer ? Quand est-ce que le travail devient obsédant ou envahissant ? C’est important, peut-être parfois avantageux, si le résultat peut être atteint par une rupture des forces. Mais je pense que c’est différent pour chaque acteur et dépend aussi de la façon dont on travaille avec le metteur en scène, le chef d’orchestre, de la musique que celui-ci veut jouer et de ce qu’il considère comme nécessaire pour le joueur qui fait aussi partie du chœur et peut s’y adapter.

Objectif cinéma : Pourriez-vous nous parler d’une expérience où il était particulièrement difficile de laisser le rôle derrière soi ?

Ciarán Hinds : C’était plus difficile au théâtre qu’au cinéma, car vous jouez chaque soir la totalité d’une pièce. C’est un grand, grand voyage qui peut durer des heures. On est tous transporté dans un autre monde. Parfois, il est difficile d’en revenir. Cela prend du temps... Bien qu’il y ait, bien entendu, des pauses, des coupures aussi. Notamment quand vous jouez des personnages forts, émotionnels, vous êtes obligé de vous ouvrir. J’ai récemment participé à un projet où il y avait des éruptions émotionnelles. Il fallait un peu de temps pour en ressortir. Cela demandait un effort. Votre essence est partie. Je m’en suis sorti. Ceci est nécessaire. La récupération, les traces, les résidus, vos propres intérêts... Vous ne voulez pas infliger tout cela à ceux que vous aimez.