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GRAN TORINO
de Clint Eastwood
Marc POQUET

Synopsis  : Walt Kowalski, vétéran de la guerre de Corée, est un homme inflexible, amer et pétri de préjugés. Il vit seul dans un quartier peuplé d’immigrés. Un jour, sous la pression d’un gang, un ado hmong tente de lui voler sa précieuse Ford Gran torino... Walt fait face à la bande, et devient malgré lui le héros du quartier. Sue, la soeur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Surmontant ses réticences, ce dernier confie au garçon des "travaux d’intérêt général" au profit du voisinage. c’est le début d’une amitié inattendue, qui changera le cours de leur vie.




Clint is back ! Et oui, c’est une évidence, il est bien de retour notre héros, après quelques films en demi-teinte, dans lesquels il n’apparaissait pas. C’est d’ailleurs là que le plaisir des retrouvailles est peut être le plus fort, le plus éclatant : Clint est bien présent, du haut de ses 79 ans, avec sa gueule fripée et sa stature westernienne. Il est beau comme un Dieu, tour à tour agaçant, émouvant, marrant, une palette extraordinaire d’émotions à lui tout seul. Si un film AVEC Eastwood est toujours un film SUR Eastwood, alors Gran Torino en est la quintessence. On pourrait presque occulter l’histoire, oublier les autres personnages, enlever les décors et ne laisser finalement que lui. Ecouter ses grognements, suivre ses rictus et son sourire, voir sa silhouette dégingandée se mouvoir, tout cela constitue un spectacle dont le spectateur se délecte avec gourmandise. Ceci d’autant qu’Eastwood en fait des tonnes, flirtant avec un burlesque qu’on ne lui connaissait pas et plutôt rafraîchissant. Il faut dire aussi qu’il s’est mitonné un personnage sur-mesure, propice à tous les excès de jeu.

Raciste, atrabilaire, cynique, méchant avec tout le monde y compris sa famille, Walt Kowalski est le type même de l’individualiste forcené qui vit avec ses propres règles et ne supporte pas qu’on empiète sur son territoire. Bref, la suite logique de l’homme sans nom des premiers western et du légendaire inspecteur Harry. Une deuxième raison de se réjouir, car, il faut bien l’avouer, cela faisait un petit bout de temps qu’on ne l’avait plus vu celui là. Certes, il apparaissait ici ou là selon les rôles, mais plutôt en demi-teinte, laissant la place au personnage crépusculaire initié avec Impitoyable. Il ne s’agit pas ici d’encenser la face trouble d’Eastwood et le cinéphile préfèrera toujours la complexité d’un Robert Kincaid (Sur la route de Madison) au manichéisme de Dirty Harry. Sauf qu’il faudrait être bien hypocrite pour ne pas admirer, même en secret, ce justicier solitaire, pourfendeur de la voyoucratie urbaine. La scène lors de laquelle Kowalski, tel un fantôme surgit des limbes du western hollywoodien, arrache Sue des mains de ses agresseurs procure incontestablement un plaisir jouissif, celui de la victoire d’une justice immédiate là où celle de la démocratie peine à s’imposer.