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ANDY WARHOL’S TV
Rétrospective à la Maison Rouge
du 18 février au 3 mai 2009
Par Nicolas VILLODRE

La galerie La Maison Rouge s’est jointe aux hommages parisiens à la superstar du Pop en présentant, du 18 février au 3 mai 2009, la rétrospective Andy Warhol’s TV, une série d’émissions conçues par l’artiste pour donner du relief et du mouvement à son magazine Interview et pour rendre compte à sa façon de la vie nocturne, culturelle et artistique new-yorkaise des eighties.



Amateur de gadgets et de nouveautés de toutes sortes, Andy Warhol (1928-1987) s’intéressa très tôt à la télévision (ce n’était pas vraiment un homme du livre) ainsi qu’à la vidéo puisqu’il réalisa, vers 1973, probablement en 1/4 de pouce, Vivian’s Girls, titre qui rappelle son fameux Chelsea Girls (1966), récemment programmé à la Cinémathèque française par Nicole Brenez (en version sous-titrée assurée par Fabio Venturi, ce qui est rarissime !), ainsi que des bandes comme Phoney, Nothing Special, Fight, Puis, à partir de 1979, il se mit en scène narcissiquement et enregistra la vie mondaine new-yorkaise des années 80 dans ce qu’il est convenu d’appeler l’Andy Warhol’s TV.

L’exposition de la Maison Rouge a diffusé ou rediffusé (en effet, quelques clips et publicités de cette période avaient déjà été exhibés à Beaubourg, en 1987, si nos souvenirs sont bons, tandis que les films en noir et blanc sur la Factory des années 60 et sur le Velvet Underground avaient été programmés en 1990 à Jouy-en-Josas lors de l’exhaustive et historique rétrospective Warhol de la Fondation Cartier) des extraits, également sous-titrés en français pour la première fois, sélectionnés par Judith Benhamou-Huet, un « best of » des émissions originellement destinées aux chaînes du câble, dans une « scénographie » (comme on dit de nos jours) en forme de zapping il faut bien dire un peu en vrac. Dans un bric-à-brac, un capharnaüm, un bazar, un trop-plein de tout, un fourbi de signes, un méli-mélo offert pêle-mêle au milieu des poussettes des progénitures de bobos trentenaires de Bastille et des environs. Les braillements de ces espoirs de la chanson française se mêlaient aux sons des moniteurs vidéo (des écrans plats, tout de même, on n’a pas mégoté !), au petit bonheur la chance, un peu n’importe comme. On obtenait le jour de notre visite un mixage aléatoire, pour ne pas dire stochastique ou vasouillard, des bandes sons de toutes les vidéos entre elles. On pouvait également profiter des effluves de friture de poisson émanant, à l’approche de midi, des cuisines d’une cafétéria pas vraiment ventilée, conçue ou laissée en « open space » comme des bureaux paysagers. Notre vision était, elle, troublée par les passages incessants de m’as-tu-vu défilant, sans aucune gêne, devant notre champ de vision au lieu de nous contourner, le « nous » incluant les autres spectateurs déjà assis sur des sièges achetés par les galeristes aux « puces du design ».

Le réalisateur Don Munroe dirigeait, au milieu des années 70, le studio vidéo du grand magasin de New York Bloomingdale’s. Il fut contacté quelques années plus tard par Vincent Fremont, le manager de Warhol, qui produisait depuis quelque temps déjà l’enregistrement de scènes se déroulant à la Factory et qui développa avec le pape du Pop un projet d’émission de télévision. La première série de la « télé d’Andy Warhol » date de 1979-80, s’intitulait Andy Warhol’s Fashion et traitait, comme son nom l’indique, du microcosme de la « haute » couture – le premier épisode avait pour sous-titre : « Modèles et photographes ». Puis l’émission s’inspira assez nettement du magazine papier de Warhol, Interview, et s’écarta progressivement du sommaire des journaux féminins ayant pour principal souci de « couvrir » la mode. Les trois premières émissions furent tournées dans le studio de Bloomingdale’s. Par la suite, Warhol investit dans du matériel Umatic, ce qui permit à l’émission de gagner en autonomie et en mobilité. Grâce à cet équipement, Munroe, Fremont et Warhol réalisèrent des reportages dans les endroits les plus branchés, notamment dans des night-clubs comme le Studio 54. Enfin, après des émissions que Munroe qualifie de « formatées », à base d’entretiens, la série Andy Warhol’s Fifteen Minutes proposa une formule plus légère – dans tous les sens du terme. Restées confidentielles, elles coûtèrent de l’argent à Warhol au lieu de lui en rapporter mais lui permirent de passer du statut de téléspectateur à celui de producteur audiovisuel.