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YVES FURET
Comédien
Entretien réalisé le 6 janvier 2004
par François JUSTAMAND

Le comédien Yves Furet, ancien pensionnaire de la Comédie-Française, a été une des plus belles voix du doublage d’après-guerre. Il a apporté tout son talent et sa diction impeccable aux grandes vedettes du cinéma anglo-saxon : Tyrone Power, Laurence Olivier, Gene Kelly, Danny Kaye... Il a aussi enseigné la comédie et a créé une société de communication.



La Gazette du doublage : Parlez-nous de vos origines ?

Yves Furet : Je suis né en 1917 à Saint-Mandé de parents natifs de Lorient. Ma mère était chanteuse à l’Opéra (« La Favorite »...) et avait, paraît-il, une voix extraordinaire. Elle y avait connu mon père qui était violoncelliste. Elle est décédée suite à une épidémie de la grippe espagnole alors que je n’étais encore qu’un nourrisson. Mon père m’a alors confié à mes grand-parents maternels qui vivaient à Lille. Je ne me rappelle de ma mère que par des photos. La plus grande richesse qu’elle m’ait apportée est certainement la voix, pour faire du doublage, et même pour chanter honorablement. (rires)

La Gazette du doublage : Comment êtes-vous devenu comédien ?

Yves Furet : Au départ, j’ai passé le concours d’entrée de violoncelliste au Conservatoire de Paris. J’étais déjà chez Feuillard et je jouais des concerto. Mais, j’avais envie de faire autre chose... Mon père, qui était à ce moment-là chef d’orchestre à la Comédie-Française, m’a proposé de venir le voir. Albert Lambert, un grand comédien, m’a pris en amitié. Je me suis présenté au Français à 19 ans et j’ai été reçu. Au concours de sortie, il n’y a pas eu de premier prix mais nous avons été trois à avoir un deuxième prix : Serge Reggiani, Jacques Charon et moi-même. A l’époque, on disait que tous ceux qui avaient un premier prix ne réussissaient pas ! (rires) Non... il y en a eu un qui a eu le premier prix l’année d’après, c’était Jean Desailly et un autre qui, lui, n’a même pas eu le deuxième prix mais qui était le meilleur de nous tous, c’était Gérard Philippe. Il y en avait qu’un, il faut dire la vérité ! Il était d’une grande gentillesse. Avec mon second prix, on m’a engagé à la Comédie-Française, car le besoin se faisait sentir pour libérer un peu des comédiens comme Pierre Dux qui faisait des cachets aussi en Province. Ensuite, ont été engagés Robert Hirsch et Jean Piat qui étaient dans le même registre que moi. En 1942, je suis entré à la Comédie-Française. Comme pendant cette période j’avais travaillé à Radio Paris, on m’a épinglé injustement et renvoyé du Français en 1944. Sur cette Radio, j’avais joué d’Artagnan des Trois Mousquetaires, l’inspecteur Vitos...

La Gazette du doublage : A quel moment avez-vous commencé le cinéma ?

Yves Furet : Nous avions, le comédien Georges Rollin et moi, une salle de cours aux Champs-Elysées. Nous avons ainsi démarré le fameux « Cours Furet ». Nous étions tous deux professeurs. Rollin n’aimait pas trop le Classique. Il avait un sens très développé du moderne car il avait déjà joué des pièces célèbres avec beaucoup de talent. Le propriétaire de la salle, M. Tramichel, était aussi producteur de films. Un jour, il m’a proposé de tourner dans La Loi du printemps (1942) de Jacques Daniel-Norman. Nous sommes allés dans le Midi. Il y avait Pierre Renoir, Huguette Duflos, Georges Rollin... Moi, je jouais le plus jeune de la bande qui cavalait après une jeune fille... Le rôle n’était pas grandiose mais c’était intéressant de faire un film important. Ce film m’a fait connaître auprès d’autres réalisateurs.