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SON FRERE
de Patrice Chéreau
Par Louise BURKART

SYNOPSIS : Deux frères, Luc et Thomas, après s’être perdu de vue pendant des années, renouent lorsque Thomas, atteint d’une maladie incurable, décide de se confier à Luc et de partager avec lui les rechutes, les traitements, les espoirs et le cheminement vers la mort.



POINT DE VUE

Avec Intimité, Patrice Chéreau semble entreprendre un cycle sur « la représentation du corps au cinéma » sauf que contrairement à Intimité qui célèbre le plaisir, Son frère montre sa dégradation. Thomas (Bruno Todeschini qui a perdu une dizaine de kilos pour le tournage) atteint d’une maladie incurable déambule entre l’hôpital parisien et la côte bretonne comme un mort-vivant tenant à peine sur ses jambes. La caméra, ne cherche en rien à embellir ce corps qui se dégrade au fur et à mesure. Elle montre sous nos yeux peu à peu écoeurés une peau « charcutée » par toutes les interventions chirurgicales, si fine presque transparente d’où pointent les os du squelette. La scène pré-opératoire lorsque les infirmières rasent tous les poils de Thomas de la poitrine jusqu’au sexe se veut l’apothéose de cette description. Rien ne fait plus penser à une personne mais à un objet prêt à être analysé et disséqué. Luc, lors de ses errances dans les couloirs de l’hôpital, ne se confronte qu’à des corps creux, vides et souffrants qui ne semblent attendre que le repos éternel. La caméra balaye les chambres avec la même lenteur que les mouvements des corps dont chaque geste demande un effort. Le spectateur plonge dans cette apathie et est entraîné dans le désespoir de Thomas.

Patrice Chéreau nous sauve de cette trop grande douleur en alternant entre le l’hôpital parisien et la maison en Bretagne. Ces flash-back désordonnés, un peu déconcertant lors du premier visionnement, permettent au spectateur de découvrir, par touches rapides, d’autres pans de l’existence que mènent les deux frères. Les flash-back adoucissent quelque peu les scènes éprouvantes et froides de l’hôpital et nous transportent vers un univers estival et vivant.

Mais alors que le corps cadavérique de Thomas l’abandonne, se détruit et l’entraîne doucement vers la mort, son frère Luc lui apporte son soutien et partage avec lui les moments de détresse. Délaissés par famille et copine qui ne savent comment faire face à cette « épreuve », les deux frères se rapprochent. Cette union si bancale pendant les années précédentes prend forme et d’un lien familial formel, naît une écoute et un intérêt véritable pour l’autre.
Des deux frères, chacun apporte quelque chose au second. Luc, qui renie l’aide, réalise l’importance d’une réflexion intérieure que lui offre Thomas inconsciemment - « C’est bien d’avoir cinq minutes comme ça pour y penser, merci Thomas ». Ce dernier se repose sur Luc qui l’accompagne pendant la maladie et lui offre la mémoire des instants heureux et la vie.