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JOE CALIGULA – DU SUIF CHEZ LES DABES
De José Bénazéraf
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Comme dans le « Caligula » d’Albert Camus, Joë, un petit voyou du midi, est amoureux de sa sœur. Il monte à Paris avec elle et toute sa bande, dans l’intention délibérée de mettre le milieu à feu et à sang. La guerre des gangs, entre vieux barons respectueux des codes et jeunes nihilistes, sera sans merci.



POINT DE VUE

Avec Joë Caligula - Du suif chez les dabes, José Bénazéraf signe un film de gangsters, bien ancré dans les années 60. De nombreuses références sont faites à la culture de l’époque, par la bande originale (on y entend Vince Taylor, Eddy Mitchell), les affiches (montrant des interprètes à succès comme Antoine, Françoise Hardy), les objets (une bouteille dont le bouchon a la tête du général de Gaulle). Joë, le personnage central, est vaguement inspiré de l’empereur romain Caligula, illustre pour sa folie sanguinaire, et dont Albert Camus fit le sujet d’une pièce en 1939. Ce n’est donc pas un hasard si Léa (Maria Vincent), dame patronnesse ressemblant à une Marilyn Monroe bien nourrie, sort à un moment cette citation de Camus dans le métrage de Bénazéraf : « seule la haine peut rendre les gens intelligents. » Après avoir commencé son film en faisant une allusion à la « Nouvelle vague », puis en confrontant de jeunes truands aux méthodes très brutales à des anciens plus rangés, on se demande si José Bénazéraf ne cherche pas dans son film à faire une transposition imagée de l’hostilité très marquée de ladite « Nouvelle vague » d’alors à l’égard des cinéastes traditionnels. En rapport avec ce cinéma du passé, on ne peut que remarquer la présence de deux actrices d’avant-guerre, à savoir Ginette Leclerc (Ariane, la maîtresse défraîchie et indicatrice de Joë), et Junie Astor (la femme du caïd Alexandre qu’elle accuse de se transformer en « cave » face aux agressions de Joë et sa bande).

Tourné en 1966 mais censuré, le film ne sortit en France que le 8 janvier 1969 délesté de certaines scènes. Voici l’avis de la Commission de contrôle des films cinématographiques en date du 22 juin 1966 : « La Commission recommande l’interdiction totale pour la raison suivante : l’auteur a soigneusement accumulé, sans aucune justification de caractère artistique ou intellectuel, les scènes de violence, de torture et d’érotisme. Il en résulte un film totalement immoral, qui ne ait qu’illustrer le crime et les sentiments pervers et qui ne peut se prévaloir, en contrepartie d’aucun aspect positif, sur quelque plan que ce soit. » Effectivement, Joë Caligula - Du suif chez les dabes contient quelques passages qui ont dû faire grincer les dents des censeurs. Tout d’abord les séquences manifestant sa violence assumée, avec notamment assassinat gratuit d’une pompiste, tabassage au coup de poing américain d’un truand, torture à la cigarette puis immolation d’un autre. Ensuite celles de nudité dévoilée, avec deux strip-teaseuses blondes faisant leur numéro au rythme de la chanson « Trouble » interprétée par Vince Taylor. Détail amusant, Léa lit un exemplaire de l’hebdomadaire Le Nouveau Candide, avec en couverture une photo du film La Religieuse (Jacques Rivette, 1966) qui eut des démêlés avec la censure quelques mois avant Joë Caligula - Du suif chez les dabes !