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PHOTOGÉNIE DE LA GUERRE :
Exposition
Agusti Centelles
Jeu de Paume
(Paris - Sully)
Par Nicolas VILLODRE

Ainsi que le souligne le journal de l’exposition n°55 du Jeu de Paume, le photographe républicain catalan Agustí Centelles a vécu un double exil : tout d’abord celui de l’Espagne vers la France, en 1939, pour fuir le fascisme triomphant, puis un deuxième, en 1944, son retour (clandestin) au pays natal pour échapper, cette fois, à la Gestapo qui l’avait dans le collimateur. Ayant trouvé du travail chez un photographe de Carcassonne, Centelles put quitter le camp au bout de sept mois de réclusion. Entré en résistance côté français, il confia sa valise bourrée de négatifs à la famille Degeilh qui la garda précieusement, afin de ne pas compromettre les personnes photographiées. Centelles récupéra la valise... trente ans plus tard, après la mort de Franco.



L’humiliation dont a parlé Georges Didi-Huberman à propos de Centelles lors de sa conférence à Uzeste, en août 2009, est double. C’est celle du vaincu en général, et du réfugié en particulier. Le photographe n’est pas non plus dupe du jeu trouble de la politique français de l’époque. L’homme d’image connaît aussi la chanson – la rengaine de la propagande qu’il a pratiquée côté républicain à partir de 1937. Il se méfie des mots ou plutôt de ce que ceux-ci peuvent recouvrir et note dans son journal intime que la France cherche à faire passer la prison où lui et ses camarades d’infortune ont échoué pour un banal « camp de réfugiés ». Centelles écrit : "Chaque jour qui passe dans cette prison (on ne peut pas appeler cela camp de réfugiés malgré le nom qu’il porte), le désespoir grandit" (l’intégralité du journal du photographe a été publiée cette année par l’universitaire Teresa Ferré aux éditions Península, à Barcelone ; un exemplaire du catalogue épuisé de l’expo de la Caixa de Barcelone de 1988 est encore disponible à Aubagne). Cette prison est le camp de rétention de Bram, dans l’Aude – auparavant, Centelles a passé près d’un mois dans celui d’Argelès. Faisant jouer son statut de photoreporter en exhibant fièrement sa carte de presse, il obtient de la gendarmerie qui garde le camp l’autorisation d’y prendre des photos. Avec son assistant et collègue Pujol, il bricole même un laboratoire lui permettant de développer et de faire des tirages sur place (une photo montre les étagères, les flacons de produits chimiques et une boîte de papier sensible de la marque "Ruban bleu").