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LES TONTONS FLINGUEURS
de Georges Lautner, avec Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Jean Lefebvre, Robert Dalban. Fernand Naudin, Raoul Volfoni
Par Nicolas VILLODRE


La langue populaire est, on peut dire, la marque de fabrique de l’écrivain Albert Simonin – et sans aucun doute l’idéal littéraire du dialoguiste Michel Audiard. Parigot issu du petit peuple, Simonin est promu journaliste sportif puis chroniqueur à L’Intransigeant, avant guerre – sa rubrique intitulée « Le billet de l’homme de la rue » est rédigée en argot – avant de se lancer, au début des années cinquante, dans le métier de romancier à la Série noire. Touchez pas au grisbi y est publié en 1953 et se vend à 250.000 exemplaires. L’adaptation du roman au cinéma par Jacques Becker donne une sérieuse impulsion à la seconde carrière écranique de Jean Gabin. Simonin écrit quelques autres policiers, enrichit le glossaire de Touchez pas... qui devient un véritable dictionnaire d’argot, Le Petit Simonin (1959), quarante ans avant l’ouvrage de référence commandité par Pierre Perret, Le Parler des métiers. Sans oublier les scénarios de films, dont le plus fameux est sans doute celui des Tontons flingueurs (1963).

Dans sa préface à Touchez pas au grisbi (1953), Pierre Mac Orlan note que l’ouvrage est digne de figurer dans « l’histoire littéraire des patois et des argots de métier ». Mac Orlan parle, bien entendu, des professionnels « du vol à main armée » d’après-guerre qui « se détruisent entre eux pour des indélicatesses commerciales ou des dérobades devant la loi de la parole donnée. » Il rapproche la langue de Simonin de celle du jargon et du jobelin du 15e siècle, qui ont en commun des mots rares tels que « gailler, auber ». Des « mots secrets » comme arnacher, gourer, berge, fader, frangin, lourde, naze, rif, gaffe, cave, qui finissent par « dépasser le cadre des rendez-vous dans les tapis-francs de Paris ou de sa banlieue. »