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CORRESPONDANSE (2009)
d’Elham Nazer
Par Nicolas VILLODRE

Dans le cadre de l’exposition Correspondance qui se tient du 22 octobre au 21 novembre 2009 à la Vivienne Art Galerie et qui présente le travail récent de l’artiste peintre Mili Presman et du sculpteur Jesus Iglesias, on peut voir, projeté en boucle au premier étage, un court métrage expérimental réalisé pour l’occasion par Elham Nazer.



Autant les figurines polychromes du sculpteur Jesus Iglesias, patinées, lustrées, luisantes, vernissées comme des ravis de la crèche, plus grandes que des santons provençaux, réduites à l’échelle lilliputienne façon jivaro, et les tableautins de Mili Presman représentant des scènes de la vie parisienne quotidienne, adaptant, floutant, filtrant des clichés objectifs (= photographiques) en les dotant de la sorte d’un mystère plastique, tachiste, pointilliste (= l’aura dont parle Walter Benjamin qui, comme on sait, était fasciné par les passages comme celui de la galerie Vivienne et par Baudelaire, poète auquel les artistes empruntent le titre de leur expo...) sont prosaïques, réalistes, hyperréalistes même, autant le clip d’Elham Nazer relève de l’échappée belle, de l’envol lyrique, de la poésie visuelle.

On songe en découvrant le film de la jeune artiste à l’avant-garde cinématographique française qu’Henri Langlois qualifiait d’impressionniste. Aux œuvres du frère Chomette, par exemple, à des réalisations qui tiennent les promesses de leur titre : Cinq minutes de cinéma pur, Jeux des reflets et de la vitesse... Au Ballet mécanique de Fernand Léger aussi, bien sûr, film d’esprit, disons, futuriste, puisque le clip d’Elham se réfère à la danse.

La réussite du film tient à la science du cadrage de la vidéaste-plasticienne, à son sens de la rythmique (= du montage), au contenu qui est proprement cinématographique ou, si l’on veut, à la fois cinétique et cinégraphique. La jeune femme confère une quatrième dimension aux fétiches d’Iglesias et anime les arrêts sur l’image de Mlle Presman. Si la peintre et le sculpteur se rejoignent par un contenu en commun (le personnage du « Black » dans le métro, traité en 2 et en 3D), la vidéaste et la portraitiste sont proches dans leur traitement de la couleur, de la matière, de la texture, de la trace.

Les effets vidéo sont limités au miroitement de l’image, à un dédoublement de celle-ci ainsi qu’à une anamorphose du réel par un moyen électronique et non à l’aide d’un objectif spécial. Les objets et les êtres se mettent à tournoyer dans le sens des aiguilles d’une montre. Ce mouvement vient relancer le film aux bons moments tandis que des plans monochromes de plusieurs secondes cassent le rythme aux bons endroits.

On savait la qualité discrète, fine, sensible de la graphiste. Cette aptitude, on la retrouve dans le grain du film, dans les traînées et les surexpositions déréalisantes des faits et gestes signifiés (mouvements de foules fluides, travellings contradictoires des escalators, traces des pas, vie captée sens dessus-dessous, défilement d’un bobineau pelliculaire, etc.), dans les palimpsestes optiques de ses légères surimpressions. Le film, comme toute œuvre d’art véritable, au-delà du simple plaisir immédiat, kinésique, prosodique, gagne à être revu. Ce qui peut se faire in situ, puisque la galerie le diffuse en permanence, ad libitum, à gogo.