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Le film de Clouzot est tantôt intitulé L’Enfer, tantôt, plus dantesquement, ainsi que le prouvent les claps de début de plan, Inferno. Comme la guerre de Troie de Giraudoux, il n’a pas eu lieu et ce, pour plusieurs raisons. La plus probable est celle donnée par l’un des témoins oculaires du drame qui, comme tous les autres, n’a rien pu faire pour l’empêcher : il n’y avait pas vraiment de pilote dans l’avion, ou, si l’on veut, pas de producteur véritable, le réalisateur étant censé assurer aussi ce rôle de garde-fou. Devenu mégalo ou, ce qui revient au même, se prenant pour un artiste depuis sa rencontre avec Picasso (cf. Le Mystère Picasso), le tâcheron, honnête façonnier et auteur singulier de films académiques au sein de la corpo mise en cause par les arrivistes de la Nouvelle Vague qui la qualifièrent avec un certain mépris de « qualité française », s’extasie en découvrant l’expo de Vasarely et de son fils au musée des arts décoratifs en même temps que la musique concrète proposée par le service de recherche de l’ORTF. Il passe son temps à se noyer dans les détails, ce qui montre qu’il se préoccupe effectivement plus des questions de style que de celle, prosaïque, pour ne pas dire vulgaire, du rétro-planning - le leitmotiv de ce suspense étant la date de plus en plus rapprochée de l’asséchage par EDF du lac artificiel qui sert de décor à ce simulacre d’action.

D’après la légende, la Columbia, au vu de quelques rushes, aurait donné au cinéaste confirmé (qui fit ses débuts dans les années trente et ses meilleurs films pendant l’Occupation) à la fois carte blanche et bleue illimitée, pour que le génie puisse donner corps à son scénario, avec l’aide du storyboard, outil qu’il avait précisément adopté pour... gagner du temps. Ce qu’eût fait les yeux fermés quelqu’un comme Hichcock. Mais, au lieu de cela, Clouzot rêvasse, ressasse, fait du surplace, joue les « starlets » (mot qu’il emploie dans un entretien donné à la télévision française), bref, se prend pour Stroheim... Son train de vie a changé (il passe une partie de l’année à Saint-Paul de Vence en compagnie des « people » de l’époque et il installe ses bureaux parisiens dans une suite au George V). Il engage trois équipes de tournage au lieu d’une, personnel pléthorique qu’il ne sait pas employer rationnellement. Il ne dilapide pas pour autant l’argent de la major compagnie dans des choses futiles comme du vrai champagne, d’authentiques boutons de guêtre, des éléments de décor achetés à prix d’or chez un antiquaire, etc. Tout son effort porte sur la matière filmique elle-même. Le corps des actrices et celui du film avant tout. À cet égard, Clouzot ne fait pas d’esbroufe. Chez lui, aucune promesse de gascon.