Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

RICKY
De François Ozon
par Antoine BENDERITTER

Synopsis : Quand Katie, une femme ordinaire, rencontre Paco, un homme ordinaire, quelque chose de magique et de miraculeux se produit : une histoire d’amour.



ANALYSE

Drôle d’histoire. Drôle de film. Insaisissable et ambigu. Cette indécision habite déjà l’affiche : un bébé aux joues roses, cadré en plan rapproché. Regard bleu azur mais biaisé. Quelque chose de déconcertant dans cette moue de chérubin un peu éperdue, voire inquiète. Est-ce normal ? D’emblée, un soupçon de malaise. Le grossissement du petit visage joufflu met en branle l’imagination : Ozon, cinéaste acide (Sitcom, Huit Femmes…), chantre néo-buñuelien des dérèglements familiaux, nous préparerait-il de nouveau un sale tour ? Une sorte de sequel de Rosemary’s Baby, voire L’Exorciste au berceau, version société française du 21e siècle ? On se surprend à frémir. De curiosité, d’appréhension ? Un peu des deux sans doute.

Familiarisé avec l’image stéréotypée et rassurante d’un bébé, on avait oublié à quel point ce genre de petite bouille pouvait paraître insolite. Le petit Ricky ne semble pas incarner une ébauche d’être humain, mais bien une créature à part entière, différente. Un monstre ? Non. Un autre. Cette altérité est au cœur du film. Altérité non au sens de menace, mais de marginalité, de vulnérabilité.

Un art du contrepoint.

Ricky frappe d’abord par sa structure. La mise en place s’effectue sans grands effets, mais son écho persiste tout au long du film. L’acoustique très particulière de Ricky doit beaucoup à la scène inaugurale. Laquelle, au premier abord, n’a pourtant rien de spectaculaire – simple plan fixe sur une mère de famille désemparée. Celle-ci doit faire face à des problèmes d’argent : quoi de plus tristement banal ? Son mari l’a abandonnée. Deux enfants à charge. On ne voit qu’elle, son visage tendu et rougissant. De l’assistante sociale, hors champ, nous parvient seulement la voix stéréotypée, de plus en plus impuissante. Arrière-plan flou. Bruit de fond envahissant. Ce personnage de mère de famille est déjà isolé, seul face à tous : configuration en fin de compte banale.