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BOY A
De John Crowley
Par Antoine BENDERITTER

SYNOPSIS : Jack Burridge s’installe avec son oncle Terry dans une petite ville britannique. Jack sort de prison, incarcéré pour le meurtre d’une fillette alors qu’il était enfant, il tente de prendre un nouveau départ, aidé par Terry, qui voit en lui son plus beau succès de réhabilitation. Hanté par ses actions et ses rêves, et essayant de construire sa nouvelle vie, Jack évolue entre le secret qui le pèse et sa volonté d’aller de l’avant, s’épanouissant dans son travail et avec sa nouvelle petite-amie.



POINT DE VUE

Boy A  : ce titre intrigue par son allure de code secret. On peut y déceler un clin d’œil à Kid A, la chanson de Radiohead. « Garçon A » : le substantif devient archétypal dès lors que lui est apposée la lettre A, tel un numéro de série. « Boy A » désigne-t-il donc une caste, comme dans Brave New World  ? Plutôt le garçon réinitialisé ou « rebooté », prototype A : le premier. Comme pour une naissance ou une renaissance. Justement, cette nouvelle naissance, c’est le sujet du film : la réinsertion sociale d’un jeune homme de 24 ans, après une incarcération de plus de dix ans.

De prime abord, le sentiment que procure Boy A paraît entièrement subordonné, on pourrait dire réduit à une implacable courbe narrative, celle de la tragédie. Oui, nous voilà revenus avec ce petit film britannique au vieux schéma de la tragédie classique, dont l’archétype est, disons, Œdipe : quelque chose était écrit depuis le début, dans un passé dont les flashback viennent hanter en pointillés le présent de la narration ; et ce quelque chose excède toutes les bonnes volontés qui se déploient sur l’écran, il rend vaine l’énergie dépensée par un personnage bien sympathique mais doublement impuissant, d’abord à abattre le mur qui le sépare des autres et du monde, ensuite et surtout, à s’affranchir de cette fatalité impitoyable qui plane sur lui comme une évidence qu’on aimerait nier, contredire, abattre. Si bien qu’une fois arrivée la dernière scène, c’est un incoercible sentiment de tristesse qui s’empare du spectateur. Quelque chose qui laisse désemparé, presque ravagé. Le film semble avoir été, en quelque sorte, calculé pour procurer ce sentiment ; ce verrouillage, évacuant tout dilemme morale et tout recul pour la réflexion, le lesterait alors d’un étiquetage peu glorieux : moins tragédie grandiose que drame téléphoné ; et moins drame que mélodrame.