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Boy A serait, dès lors, un film dont la surdramatisation, confinant à la complaisance, phagocyterait tout autre impact qu’émotif. Donc un film manipulateur. Un mélodrame bas de gamme et mensonger, qui fait bon marché de la complexité humaine.

Dans l’écoulement concret du film, sur quoi repose ce soupçon ? Sur les partis pris de la narration. Plus largement, sur un manque de recul, un éclairage tendancieux et à ras du sol posé sur les évènements. Voici en effet de quoi il retourne : le personnage principal, Jack, a été impliqué dans un meurtre voilà des années ; il a été jugé par un tribunal, certes, et il a réglé ses comptes avec la société ; mais les autres, vous, nous, ne l’entendons pas spontanément de la sorte ; en chacun de nous retentit une voix vengeresse : il doit payer ; il n’aura jamais fini de payer ; car c’est définitivement que sa victime, elle, est morte. Certes le film n’est pas assez grossier pour laisser entendre, par des flashbacks allusifs, que ce garçon serait blanc comme neige : un doute demeure sur sa responsabilité réelle. Ce qui est sans ambigüité, par contre, c’est qu’aujourd’hui, dans le présent du récit, le garçon ne mérité pas l’opprobre : tout conspire à susciter notre empathie, nous faire espérer sa réinsertion. Exemple : le traitement infligé par le film au fils de son tuteur. Cet autre garçon est un looser persuadé de valoir mieux que Jack – qui pourtant fait tout pour s’insérer, réussir – simplement parce qu’il ne porte pas, lui, le fardeau d’un acte commis il y a des années. Cet enfant gâté, insolent envers son père, suscite la consternation, l’hostilité. En représentant une autre modalité de tentative de passage dans la vie adulte, il revalorise le personnage principal et renforce l’empathie. Il y a manipulation émotionnelle, orientation du regard braqué sur les faits, les personnages et leurs actes, pour influencer d’une manière univoque les sentiments du spectateur. Ce qui finit par se retourner contre le film lui-même ; le simplisme se convertit en paranoïa, et cette dernière culmine dans un basculement narratif brutal et quelque peu invraisemblable à l’aune de la narration plutôt réaliste et pointilleuse des deux premiers tiers du film.

Cela dit, s’en tenir strictement à cette stigmatisation du film, ce serait reproduire l’attitude des hommes et des femmes qui entourent le garçon. Et qui après l’avoir apprécié le jugent et le condamnent. Or, juger, c’est toujours dans une certaine mesure trancher : ce serait ici reproduire le lynchage qui par ailleurs nous scandalise. Plus précisément, cela reviendrait à nier ce courant qui irrigue le film, et n’a aucun lien avec l’analyse intellectuelle de ce qui est raconté, mais tout à voir avec la manière concrète et cinématographique d’incarner des personnages, des situations existentielles, une tension psychologique, un paysage mental. Ce courant invisible mais lancinant s’incarne et se transmet à nous par ce que, faute de mieux, nous qualifierons de mise en scène. Et qui constitue la force vive de ce film, son véritable noyau – irréductible à tout jugement.