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Le scénario est un moyen, pas une fin en soi. Un tremplin. Souvent efficace, pas toujours. Il est aussi indispensable au film que le thème mélodique l’est à la musique : c’est dire à quel point son traitement et son incarnation priment sur sa détermination précise. Boy A a sa petite musique : celle-ci tient avant tout à son acteur principal. À son corps gauche et encore adolescent, mais avide de sensualité, de découvertes. À son visage juvénile. À son regard à la fois pétillant et désemparé. La synergie de ce personnage avec son entourage – amical ou hostile – s’accomplit au travers de la mise en scène. Qu’est-ce à dire ? Rigueur épurée du découpage et des mouvements de caméra. Géométrie à la fois aérée et tirée au cordeau des cadrages (il n’est qu’à se rappeler le tout début du film, le face à face du garçon et de son tuteur, puis le garçon seul dans sa chambre mansardée). Et surtout, lumières en demi teintes, ténébreuses, souvent granuleuses. Un éclairage d’outre-tombe, ou plutôt une lueur d’aube et de commencement, tour à tour orangée et bleutée, irradiante de sensualité. Des épisodes restent en mémoire, notamment la soirée en discothèque : mouvements de danse un peu convulsifs, maladroits mais d’une énergie poignante ; effets de miroir qui suggèrent l’éclatement du personnage, l’amorce d’une libération du carcan de son passé. Émois de la première fois : première sortie en boîte, première cuite, première nuit d’amour… Qui n’a de ces souvenirs d’adolescents ? Comment rester insensible à la fièvre et la fragilité désespérées de cet être qui navigue à corps perdu dans les eaux du désarroi, entre la joie la plus enivrante et une détresse profonde, abyssale et sans recours ?

L’intérêt de Boy A ne réside donc pas dans une quelconque réflexion morale sur les notions de culpabilité et de justice, ni même dans une dissection froide de l’ambigüité des êtres. Là où le film s’épanouit, c’est dans quelque chose de plus tangible, apparemment dépourvu de transcendance, mais aussi fondamental qu’universel : les éblouissements et les turpitudes associés à toute naissance au monde et aux autres. Le titre donne ici une indication décisive. Et si cette aventure débouche dans le cas présent sur un échec tragique, une telle issue est presque contingente. Presque. Car ce que l’on retient aussi, et qui noue la gorge, ce sont les déambulations du jeune fugitif égaré sur la plage, puis acculé au suicide ; c’est le désarroi qui se lit, ou plutôt se ressent avec une acuité prodigieuse dans sa démarche, dans son regard. La mise en scène sobre et élégante est au diapason du jeu frémissant de naturel du jeune acteur (aucune pose, aucune sublimation artificieuse). Rarement a été si fortement incarné dans un film – aussi modeste, voire mineur que celui-ci puisse paraître – cet intime sentiment de scandale lié au refus de la deuxième chance. Sentiment rendu possible par la force de l’évocation préalable d’une naissance au monde, à l’altérité et à soi-même.

En définitive, l’espoir est fracassé, mais pas l’amour ; la plus grande force de ce film est de faire résonner avec justesse les pulsations d’un authentique amour de la vie. Cet élan matriciel, à la fois fragile et puissant, Boy A l’incarne avec une sensibilité brute, sans lyrisme ni apprêts, et qui peut-être pour cette raison précise touche en plein cœur.






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