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Au lieu de trouver du bonheur auprès de son mari qui la bat, elle cherche à s’enfuir. Uljan, la meilleure amie d’Amira, est, elle aussi, régulièrement battue par Askar, son mari alcoolique. Il finit par la tuer ce que le film montre dans une longue séquence particulièrement douloureuse : on insiste moins sur la violence directe que sur l’effet de cette violence sur les trois jeunes fils d’Uljan, témoins de cette mise à mort. Pendant qu’Askar bat sa femme de plus en plus violemment, on alterne des gros plans et plans rapprochés du plus jeune garçon, encore un bébé, en larmes. Un autre fils d’Uljan, un peu plus âgé, va tenir le corps de sa mère grièvement blessée dans ses bras pendant que son petit frère continue de pleurer. Cependant, Askar est un homme respecté qui ne sera pas puni. Et quand Shamshi demande vengeance après la disparition d’Amira, c’est Askar qui l’accompagne.

Les relations de pouvoir sont celles d’une société patriarcale, islamique, dans laquelle les femmes réussissent à conserver une liberté imaginée plutôt que dans la réalité de tous les jours. Uljan et Amira chantent pendant qu’elles cultivent les champs. Dans leur chanson improvisée elles se demandent comment on peut épouser un tyran et éclatent soudain de rire. Il s’agit d’un rire qui cède aux larmes quand Uljan exprime son désir de quitter la communauté. A un autre moment, une des femmes remarque qu’il y a partout des hommes plus sympathiques que Shamshi. Raissa, la mère de Shamshi, s’oppose à son fils et protège Amira. Elle fait l’éloge de la ruse de Temur qu’elle avait, contrairement à d’autres habitants du village, accepté tout de suite. Plus tard, elle va mentir à Shamshi pour lui cacher dans quelle direction les amants sont partis et va aider Taib à s’enfuir sur la moto de son fils qu’elle méprise.

Tengri offre surtout une riche palette de personnages féminins forts, à savoir Amira, Uljan et Raissa. Si Raissa, jouée à merveille par Hélène Patarot comme une femme âgée, Amira est une jeune femme sûre d’elle, pleine de tempérament et de joie. A dix-huit ans, elle se trouve encore entre l’enfance et l’âge d’adulte. Quand Temur arrive sur les pâturages montagnards, elle lui offre à boire, mais d’un geste très sensuel, lui retire le récipient et boit son contenu elle-même. Elle ose contredire ses parents qui l’avaient forcée à épouser Shamshi, le fils d’un chef de jailoo. Craignant la colère de leur beau-fils, plus riche et plus puissant qu’eux, ils refusent d’apporter de l’aide au couple en fuite. Amira leur reproche alors de l’avoir exploitée pendant de longues années et de l’avoir vendue à Shamshi.

Le conflit des sexes est à la rencontre de celui des générations. Quand Askar évoque la colère d’Allah, car on sert de l’alcool à la fête, son jeune neveu, se trouvant derrière lui, mime ses mouvements et remarque que c’est bien lui, l’ivrogne. Ces petits gestes traduisent encore une fois l’esprit de révolte qu’Amira, Uljan et Raissa expriment ainsi à d’autres occasions. Si Temur a voulu chanter les chants de son peuple dans le métro parisien mais a échoué, ni lui ni Amira abandonnent le rêve du bonheur et d’une vie meilleure.