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WALKYRIE
De Bryan Singer
Par Antoine BENDERITTER

Synopsis : S’il a toujours été un fidèle serviteur de son pays, le colonel Stauffenberg s’inquiète de voir Hitler précipiter l’Allemagne et l’Europe dans le chaos. Comprenant que le temps presse, il décide de passer à l’offensive : en 1942, il tente de convaincre plusieurs officiers supérieurs de la nécessité de renverser Hitler. Un an plus tard, tandis qu’il se remet de ses blessures de guerre, il rejoint la Résistance allemande pour mettre au point l’Opération Walkyrie destinée à éliminer le Führer. Alors qu’il n’était au départ qu’un des nombreux conspirateurs, Claus von Stauffenberg se retrouve bientôt en première ligne : c’est lui qui devra assassiner Hitler...



Actes manqués

Ce n’est pas la première fois que Bryan Singer aborde frontalement le thème du nazisme. Souvenons-nous de Un élève doué. Succédant au matriciel mais surestimé Usual suspects, cette adaptation de Stephen King était passée relativement inaperçue. De quoi s’agissait-il au juste ? De jeux dangereux entre un adolescent américain et son voisin octogénaire, ancien nazi. Mise en scène fluide. Image lisse, trop lisse, trompeuse. A l’image de ce visage enfantin mais sournois. On sentait Singer fasciné. Au final, le dispositif paraissait un peu artificiel, mais de bon augure pour la suite. Pourtant, Walkyrie ne tient pas les promesses horrifiantes de cette œuvre de jeunesse. Pas plus d’ailleurs que celles de Usual suspects, autre film de manipulation et de complot. Usual suspects, c’était une mécanique brillante qui, loin de la linéarité narrative de Walkyrie, devait son relief à son rebondissement final. Aujourd’hui, un tel changement de perspective n’est plus d’actualité. Comme si ce procédé était contingent dans l’univers de Singer – contrairement, disons, à Shyamalan ou Hitchcock. Et comme si ce qui avait alors épaté critiques et public relevait moins d’une vision cohérente du monde et du cinéma (comme jeu de dupes, simulacre) que de l’esbroufe pure et simple.

Walkyrie, loin de prolonger les films antérieurs de Singer, constitue donc une régression. Certes, de ses deux œuvres étalons, le réalisateur reprend ici l’élégance formelle, la fluidité toute classique. Éviter à tout prix le tape-à-l’œil et la virtuosité facile, tel semble avoir été son premier souci. Cette sérénité de mise en scène, fausse parce qu’elle paraît moins dictée par une nécessité intérieure que par des contraintes extérieures (les producteurs ? Tom Cruise ?) se cristallise par une approche révérencieuse et timorée. Laquelle tourne parfois à l’obsession : la photographie est chatoyante et impeccable ; les cadrages symétriques, précis, souvent larges ; les mouvements de caméra, économes. Une seule exception notable : un travelling plongeant en rotation effrénée vers un tourne-disque jouant sous les bombardements La Chevauchée des Walkyries, le fameux prélude de Wagner. Mais cette saillie baroque n’est pas traitée comme un morceau de bravoure qui s’auto-suffirait – comme cela avait été le cas, sur la même musique, dans Apocalypse Now et Huit et demi, deux films pour le coup vraiment modernes.