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Berlinale 2010 :

SHUTTER ISLAND

de Martin Scorsese
avec Leonardo DiCaprio
Par Nicolas VILLODRE


Au printemps 2010, la ville de Berlin inaugurera une place Siegfried Kracauer dans le quartier de Charlottenburg, au coin de la Sybelstrasse où vit de nos jours l’écrivaine Uta Goridis. Précisément, le sujet de ce film pourrait se résumer dans le titre d’un des plus fameux textes du théoricien du cinéma : De Caligari à Hitler. Son scénario reprend en effet l’idée de l’asile de fous, du double jeu ou « je », autrement dit, du doute qui, peu à peu, s’insinue chez le spectateur : qui, du jeune premier ou du docteur est le plus dingue ? Ce jeu de pile ou face a été mixé au thème du camp d’extermination nazi, ce qui est discutable, du point de vue éthique et esthétique. Le sujet ambigu, irrésolu, de l’enfermement psychiatrique, passé par le filtre de la solution finale, est à la base du best-seller porté à l’écran et du thriller psychologique aux limites du fantastique. On est dans le film de genre, autrement dit, dans la série B, domaine qu’explore le réalisateur sans renoncer ni à une stylisation ni à une ornementation à base de fioritures baroquisantes d’essence byzantine.

La notion de trauma qui, en allemand, sonne comme traum, autrement dit comme rêve, ce qui a pu exciter les psychanalystes (les mots n’ont en réalité pas la même origine ni le même sens, puisque trauma signifie blessure en grec et traum, comme l’anglais dream, provient du même champ que trügen qui veut dire tromper), résulte en l’occurrence du choc du personnage principal découvrant Dachau. Le jeune homme est, en principe du moins, assez ambigu (DiCaprio nous paraît encore un peu tendre pour rendre le moindre trouble et se contente d’endosser un vieux par-dessus pour jouer les détectives chandleriens, hammettiens : n’est pas Bogie ou Mitchum qui veut !), participant à la libération du camp de concentration, commet un crime de guerre en fusillant sommairement avec d’autres G.I.’s des soldats nazis sans défense. Des flash-backs en veux-tu ? en voilà ! le montrent avec une jeune épouse hébétée qui a noyé son chagrin en même temps que ses trois enfants dans la mare au fond du jardin…