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Berlinale 2010 :

CATERPILLAR / LE MILLE-PATTES

Par Nicolas VILLODRE


C’est plutôt réussi, pour un film narratif, représentatif, industriel comme, du reste, tous ceux qui font partie de la sélection officielle (et, tout compte fait, de toutes les autres, Forum inclus). Manque pas grand chose, même, pour qu’il soit excellent. Vous savez ce que c’est : on veut faire riche et on ajoute, au lieu de retrancher, que ce soit dans les effets, les mouvements d’humeur, les plans de paysages et de cieux ornés du motif lunaire ou de nuages passagers, les musiquettes d’accompagnement avec force frottis frottas au violoncelle, les vues un peu trop revues des flash-backs censés tout expliquer… Un peu plus de simplicité rendrait plus clair tout ce méli-mélo. Que Monsieur le cinémane voie ou revoie n’importe lequel des films d’Ozu : cela ne lui ferait pas de mal.

Il y a, en outre, deux cas de figure qui peuvent devenir énervants au bout d’un certain temps, dans le contrat moral qui lie celui qui raconte à ceux qui s’en laissent conter : lorsque l’un des personnages est dépositaire d’un secret qu’il refuse de révéler ; ou, ce qui n’est pas mieux, lorsque le spectateur en sait plus long que les personnages du récit ou du film. Ce qui est le cas ici : avant de devenir victime, le personnage monstrueux a lui-même été bourreau, ce qu’ignorent ses concitoyens qui le prennent pour un héros, voire même pour un « dieu de la guerre ».

Le cinéaste a pour toc de prendre la grande histoire avec un petit « h », autrement dit par le petit bout de la lorgnette. Pour des raisons de budget, sans doute, ou d’éco-esthétique – faisons-lui ce crédit. La guerre sino-japonaise, la Deuxième Guerre mondiale, les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki sont placés en arrière-fond, sous forme d’archives en noir et blanc et suffisamment floues pour pouvoir illustrer les conflits de tous les temps. Mais, c’est à travers un exemple concret, celui du couple qui tente, sans y croire, de surmonter les blessures de guerre, et par la même occasion d’oublier que cela n’allait pas si bien que cela avant ce trauma, que le film traite du sujet.

Le pari assez audacieux de faire la synthèse de deux thèmes ou, si l’on veut, de mixer deux films aussi singuliers que L’Empire des sens et Freaks est, comme on l’a dit d’emblée, donc couronné de succès. Jamais on ne tombe dans le ridicule. Les scènes sont crues avant d’être cruelles. Le renversement de situation dû à la guerre est à tout moment vraisemblable. La fin du film illustre littéralement et dramatiquement le mythe d’un Narcisse dévalorisé avec le terme du conflit mondial, la capitulation impériale, l’arrêt de la propagande guerrière. Un personnage accessoire, l’idiot du village, qui représente, lui, la poésie, se révèle alors le plus sensé de tous.