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Berlinale 2010 :

JUD SÜSS – FILM OHNE GEWISSEN

Par Nicolas VILLODRE


On ne comprend ni l’absolue nécessité, ni l’urgence qui a animé le réalisateur, ni même le but de ce film par ailleurs subtilement mis en scène, finement interprété, formidablement ficelé. N’est-ce pas tout simplement, tout bêtement, le besoin de montrer qu’en Europe aussi on peut faire aussi bien qu’à Hollywood en matière de reconstitution historique ?

Il faut dire que cette production pose plus de problèmes qu’elle n’en résout. La réalisation parvient, étrangement, à rendre sympathiques les acteurs, les cinéastes et les hommes politiques nazis de premier plan. Gœbbels, en cabot pied bot, certes parfois un peu agité sur les bords, paraît particulièrement humain.

On a l’impression que l’auteur ne prend aucune distance, ne fait en tout cas jamais dans la distanciation, n’use d’aucun effet de ce que Brecht appelait Verfremdungseffekt, fasciné qu’il est par son sujet ou son objet. Quand on pense à ce qu’aurait et ce qu’a fait un Werner Schroeter en partant de thèmes voisins...

Admettons qu’il faille vraiment revenir sur Le Juif Süss, ce film de propagande nazie, on ne peut plus antisémite, qui fut montré non pas à la Berlinale mais à la Biennale de Venise, en avant-première. Ne serait-ce que dans un but mémoriel ou didactique. Ou bien pour en débattre à l’issue de sa projection dans les établissements scolaires d’Allemagne et d’Autriche.

Encore une fois, on ne voit pas clairement la problématique qui est posée. Le film, on l’a dit, est certes bien réalisé – ce même cinéaste avait déjà parfaitement réussi l’adaptation du roman de Houellebecq, Les Particules élémentaires (http://www.objectif-cinema.com/spip.php ?article3940). Et les acteurs sont tous excellents.

Mais on peut penser qu’il y avait moyen de glisser, au moins dans la deuxième partie du récit, celle dont les plans reprennent des pans entiers du Juif Süss de Veit Harlan, retournés (et non détournés !) pour les besoins de la cause en noir et blanc et… rejoués à l’identique, des éléments, disons ! plus critiques.

Pas besoin de prendre ici des gants ou alors si ! en montrant leur doublure ou leurs coutures, autrement dite : l’envers du décor. Rien ne sert en l’occurrence de chercher à renforcer le spectacle par le spectacle.