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Berlinale 2010 :

MAMMUTH

de Benoît Delépine et Gustave Kervern
Par Nicolas VILLODRE


Malgré ses points faibles – le film n’en est pas vraiment un : c’est, au contraire, une vidéo, bâclée, qui plus est, dans tous les sens du terme, avec du gros grain, comme on dit « du gros rouge qui tache » ; un kinescopage défectueux ; le scénario se réduit à l’idée de départ, qui n’est pas plus bête qu’une autre, et à simplement trois gags qui ont nécessité à tout casser une séance de brainstroming : celui, sonore (ce qui n’est jamais facile), des croquements de crackers apéritifs pendant le discours du pot de départ à la retraite de l’employé des abattoirs qu’incarne notre Gégé international, celui, visuel, du héros arrachant le caddy à la chaîne qui le relie aux autres sans se donner la peine de glisser une pièce de monnaie dans la fente, celui, hors champ (en finesse puisque suggéré), de l’alter-onanisme ou de la branlette réciproque des deux vieux mecs couchés côte à côte ; le populisme facile, provincialo-rétroïde, un peu démago de la part d’auteurs plutôt bien payés par les télés hexagonales m’as-tu-vu et commerciales ; les temps morts qui plombent le récit et qu’on camoufle à l’aide de dialogues se voulant poétiques, comme le finale sentimental avec la nièce niaise qui pratique l’art brut –, malgré tout, l’opus est sympathique.

C’est d’ailleurs le seul film français sélectionné cette année à Berlin (que fait Unifrance ? ça roupille, dirait-on...).

La chose se présente comme un road-movie, avec un Dipardiou toujours excellent – comme d’habitude, depuis toujours, depuis le début, dès ses figurations écraniques où il piquait déjà la vedette au Delon – en cowboy d’Aubervilliers la tignasse blondasse rallongée par des extensions et une Adjani éthérée d’autant plus géniale qu’elle a accepté de faire quelques… apparitions surréelles sans trop se soucier de son image de star. Le gros plan de ces deux mammouths ou « monstres sacrés », si vous voulez, du cinéma français re-réunis pour l’occasion (ils avaient déjà joué notamment dans le biopic Camille Claudel) est l’occasion d’un échange de répliques subtilement interprétées comme s’il s’agissait de dialogues de Marguerite Duras.

Avec des tas d’autres panouilles, comme celle du formidable Poelevorde en ratisseur de plage, de Mougalis pour la première fois de sa vie crédible en autostoppeuse arnaqueuse, de Kolpa-Kopoul en forain débonnaire, d’un chanteur joueur d’harmonica qui a la tête de... Dick Annergarn, d’une apparition du meilleur dessinateur depuis Daumier et George Grosz, Siné himself en viticulteur socratique.

Bref, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer.