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Derrière cet univers surréaliste et glauque, nourri d’une ambiance aussi théâtrale que grotesque, où le macabre rivalise avec le fantastique, se cache une fable au vitriol. Elle distille un propos fort intéressant, et d’autant plus percutant dans le contexte de tsunami économique qui sévit actuellement. Véritable névrose de la post-industrialisation selon le réalisateur, le consumérisme aveugle et exacerbé, sans frein ni fin, mène inexorablement la civilisation vers un crash annoncé… et accepté. Tout comme les bourgeois voraces, les magnats des finances accumulent leur butin avec avidité jusqu’à ce que ce monde pathétique s’affaisse sous son propre poids. Et pour rendre son allégorie du capitalisme encore plus digeste, Denis Villeneuve n’a rien laissé au hasard quant au choix des aliments stylistiques. Il utilise notamment le comique de répétition afin d’insister sur la passivité des personnages, et surtout leur insouciante insatiabilité.

Au niveau de la forme, ce court-métrage réussit un véritable tour de force visuel, tant par sa beauté plastique soignée que par sa direction artistique virtuose. Dès les premières images, on n’échappe pas à l’atmosphère baroque et insolite rappelant les 12 singes de Terry Gilliam, tandis que la saveur lugubre des personnages délurés bien servis par leurs mimiques faciales fait penser au déroutant Taxidermie de György Pàlfi. Mais Next Floor, c’est surtout l’avatar moderne de La Grande Bouffe de Marco Ferreri qui avait déjà fustigé en 1973 la société de consommation. À sa manière, le réalisateur de Maelström a ajouté à cette farce sociale une épice très« felliniesque », qui consiste à tourner sans sons pour les mixer ensuite en post-prod. Et cette technique du maestro « il Poeta » n’a rien d’anodin car elle met l’accent sur les bruits de mastication, synonymes de bestialité, alors que le style muet prive les protagonistes de la parole, ce qui renforce encore plus leur déshumanisation : de par leur silence, ils se résignent au naufrage ! Une réalité qu’ils voient, qu’ils entendent, mais qu’ils subissent par servilité. Qu’importe les dangers, la société continue sa descente vers les abîmes tant qu’elle n’a pas embrassé - catastrophiquement - le sol. « L’important, ce n’est pas la chute mais l’atterrissage » semble dire cette parabole sociétale qui dénonce la complaisance de l’hyperconsommation. Espérons seulement que nous sommes encore loin du sous-sol de l’enfer !






Canada
2008 - 11’34’’ - Couleur - 35 mm
VO Anglais
Réalisateur : Denis Villeneuve
Scénario : Jacques Davidts
Production : PHI GROUP