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LIFE DURING WARTIME
De Todd Solondz
Par Andréa Grunert

SYNOPSIS : Joy quitte son mari Allen pour s’installer chez sa mère Mona en Floride. Elle y rencontre sa soeur aînée Trish qui, après avoir fait la connaissance de Harvey, croit avoir trouvé de nouveau le bonheur. Son ex-mari, le pédophile Bill, a purgé sa peine et sort de prison. Il entre par effraction dans la maison de Trish afin de se procurer l’adresse de son fils aîné Billy, étudiant en anthropologie. Bill lui rend visite mais Billy refuse de lui pardonner. Timmy, le fils cadet de Trish et de Bill, apprend que son père n’est pas mort comme sa mère lui avait dit et lui reproche violemment ce mensonge. Joy apprend que Allen s’est suicidé comme dix ans auparavant son ami Andy dont elle venait se séparer. Les spectres des deux hommes la hantent. Trish présente Harvey à ses enfants Timmy et Chloe. Timmy veut savoir si Harvey est, lui aussi, un pédophile. Il se méprend sur ce qui n’est qu’un geste d’affection. Trish renonce au mariage avec Harvey qui, profondément blessé, quitte les Etats-Unis pour vivre en Israël. Le jour de sa Bar Mizwa, Timmy déplore l’absence de son père Bill.


ANALYSE

Un homme et une femme assis à une table de restaurant, filmés frontalement en plan rapproché : cette prise de vue est identique à celle du début de Happiness, tourné dix ans avant Life During Wartime. Toute la situation mise en scène par Todd Solondz dans la première séquence de son nouveau film s’avère être un déjà vu. La femme est, comme dans le film précédent, Joy. Si dans Happiness, elle est en train de se séparer de son ami Andy, elle explique ici à son mari Allen qu’elle ne compte pas retourner vivre avec lui. Le déjà vu devient le sujet même de leur conversation quand Joy mentionne ce terme au moment où Allen lui offre une coupe en étain. Joy (et le spectateur qui a vu Happiness) reconnait l’objet avec son prénom gravé dessus et l’identifie comme celui que Andy voulait déjà lui offrir dix ans plutôt au moment de leur dernière rencontre. L’ayant trouvé sur eBay, Allen ne pouvait pas posséder un tel savoir. La séparation du couple Allen et Joy va déboucher sur la même catastrophe que dans Happiness, car Allen va se suicider, tout comme Andy dans le film de 1998.

Plusieurs personnages de Happiness se retrouvent alors dans Life During Wartime. De plus, Mark Wiener, le frère de la protagoniste de Welcome to the Dollhouse (1995), qui a déjà quelques brèves apparitions dans Palindromes et son père Harvey sont des personnages secondaires dans Life During Wartime. Cependant, Solondz a distribué tous les rôles avec des acteurs différents. Ce changement n’a pas forcément des conséquences pour les personnages et leur personnalité. Dix ans après Happiness, les anciens protagonistes ne sont pas moins névrosés. Joy est restée la grande naïve prête à faire de bonnes actions et Helen, la célèbre écrivaine, qui n’a ici qu’un petit rôle, n’a rien perdu ni de son arrogance ni de son grand appétit sexuel. Allen continue à harceler des femmes au téléphone bien qu’il se cache derrière l’excuse ridicule de ne le faire que le dimanche. L’humour de Solondz est grinçant comme d’habitude.

Dans Palindromes (2004) déjà, Solondz a fait jouer le rôle de la protagoniste Aviva par six interprètes différents, dont un est un garçon. La plus jeune actrice a environ six ans ; Jennifer Jason Leigh est la comédienne la plus âgée du rôle. Deux des actrices sont noires. Dans Life During Wartime, Allen n’est plus incarné par le blond Philip Seymour Hoffman mais par Michael Kenneth Williams, un acteur Afro-Américain. Ceci semble signaler que la conduite humaine ne fait pas de différence entre la couleur de la peau, le sexe ou l’origine sociale. La distribution originale dans les deux films crée des moments dérisoires invitant le spectateur à chaque fois à réfléchir sur la nature humaine et à mettre en question sa propre perception.

Comme les films précédents de Solondz, Life During Wartime tourne autour des sujets tabou tels que l’homosexualité et la pédophilie. La société américaine dépeinte par Solondz est peuplée de névrosés qui fait de son nouveau film un kaléidoscope grotesque de figures troublées et de situations troublantes. Ses films constituent un métatexte dans lequel les mêmes thèmes sont repris dans des variations toujours nouvelles. Les mêmes personnages réapparaissent, confrontés aux mêmes problèmes. Étant plus âgés, ils ne sont pas forcément plus mûrs.