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LES IFTA AWARDS 2010
Les prix de l’Académie irlandaise du cinéma et de la télévision
Par Andréa GRUNERT



Existe-t-il, le cinéma irlandais ? Parler de la production cinématographique de l’île divisée au bord de l’Atlantique semble nécessiter une telle question. Géographiquement, l’Irlande se situe en bordure du continent. Quant à sa production cinématographique, celle-ci se place très souvent dans le cadre de coproductions avec l’Angleterre et les Etats-Unis, ou bien elle repose sur les subventions européennes. Pourtant, les contributions du talent irlandais au cinéma sont éclatantes et dépassent la cinématographie nationale marginale. Des acteurs comme Liam Neeson, Colin Farrell, Pierce Brosnan, Gabriel Byrne ou Jonathan Rhys-Meyers sont des artistes mondialement connus. Ils perpétuent la tradition des acteurs irlandais qui avaient fait une carrière à Hollywood tels Barry Fitzgerald, George Brent, Maureen O’Hara et Maureen O’Sullivan dans les années trente et quarante, et travaillent sur les deux continents, en Europe et en Amérique, tels Richard Harris ou Peter O’Toole. Des réalisateurs comme Jim Sheridan, Neil Jordan, Thaddeus O’Sullivan et quelques autres tournent, eux aussi, en Irlande et aux États-Unis. Cependant, les grands succès internationaux remportés à la fin des années quatre-vingts et au début des années quatre-vingt-dix par des films tels que My Left Foot (Irlande/Grande-Bretagne, 1989) et Au Nom du Père (In the Name of the Father, Irlande/Grande-Bretagne, 1993) de Jim Sheridan ou The Crying Game (Irlande/Japon, 1992) de Neil Jordan n’ont pas été égalés.

Alors la cérémonie de la remise des prix qui avait lieu pour la septième fois le 20 février 2010 dans le Burlington Hotel à Dublin reflète la situation du cinéma irlandais actuelle à maints égards. Le prix décerné par l’Académie irlandaise du Cinéma et de la Télévision récompense la réussite des Irlandais, du Sud et du Nord, dans le domaine du cinéma et de la télévision en Irlande et à l’étranger. Ainsi, Gabriel Byrne, Saoirse Ronan et Elaine Cassidy ont été nommés pour leurs interprétations dans des productions cinématographiques ou télévisées non-irlandaises. La liste des nommés est sans aucun doute impressionnante, du moins pour ceux qui connaissent ce cinéma et ses protagonistes. Neil Jordan, Jim Sheridan, Conor McPherson, Colin Farrell, Liam Neeson, Gabriel Byrne, Michael Fassbender, Ciarán Hinds et bien d’autres noms illustres y figuraient. Le prix d’honneur pour l’ensemble de sa carrière a été accordé à John Boorman, le cinéaste britannique qui vit depuis de nombreuses années dans le comté de Wicklow et qui est le Président du groupe de Jeunes réalisateurs irlandais qui offre des cours de cinéma à Kilkenny. Jon Voigt était à Dublin pour rendre hommage au metteur en scène de Délivrance. Juliette Binoche qui jouait dans In My Country (Country of My Skull, Grande-Bretagne/Irlande/Afrique du Sud, 2003) et Brendan Gleeson qui incarnait Martin Cahill dans The General (Grande-Bretagne/Irlande,1998) et jouait aussi le rôle principal dans The Tiger’s Tail (Irlande, 2006) ont rejoint l’acteur américain pour honorer Boorman pendant que Burt Reynolds et Pierce Brosnan lui ont adressé des félicitations par satellite. Le bulletin de presse de l’IFTA cite l’acteur Ciarán Hinds qui avait un de ses premiers rôles à l’écran dans Excalibur en 1981 et qui avait retrouvé Boorman en 2006 pour le tournage de The Tiger’s Tail dans lequel il avait un second rôle : « Quand John s’est installé en Irlande dans les années soixante-dix, il est devenu la pierre sur laquelle l’industrie cinématographique en Irlande a été bâtie. J’aimerais beaucoup que ce prix de l’Académie irlandaise du Cinéma et de la Télévision aille au-delà de la simple reconnaissance de ses réalisations magnifiques mais reconnaisse aussi ce que nous lui devons tous. »

Hélas, la communauté cinématographique irlandaise se célébrait en restant largement entre-elle. La presse internationale, spécialisée ou non-spécialisée, se retrouvait ce soir-là plutôt à Berlin pour la remise des prix du Festival International du Film de Berlin ou encore à Londres où l’on décernait les prix britanniques du cinéma et de la télévision. La résonance dans la presse non-irlandaise a donc été plutôt faible.

Mais le fait que 250 titres ont été soumis pour trente-sept catégories dans les domaines du cinéma et de la télévision témoigne de la vivacité du talent irlandais. De même, les films nommés révèlent la diversité grandissante de ce cinéma qui, pendant longtemps, a été dominé par L’Homme Tranquille (The Quiet Man, USA, 1953). La vision de John Ford avait des retombées dans des films tournés vers le passé qui célébraient l’image d’un pays idyllique peuplé de gens excentriques. Ou bien, il s’agissait de films qui présentaient la violence de la guerre fratricide en Irlande du Nord comme le revers sombre du romanticisme.