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L’IRISH FILM BOARD
Par Nicolas Onno

Afin de promouvoir la culture et le patrimoine de l’île, l’industrie cinématographique irlandaise bénéficie du soutien indéfectible de son monument national, créé en en 1981. Crise ou pas.



C’est en Irlande que la Française Agnès Merlet a situé l’action de son troisième long métrage, Dorothy (Mills), sorti à l’été 2008 sur les écrans hexagonaux. L’histoire conte l’immersion difficile d’une jolie psychiatre (Carice van Houten) dans une communauté recluse d’une île isolée, au nord-ouest du pays, afin de démêler le cas d’une jeune fille accusée de tentative de meurtre sur un bébé.

Tourné, dès le mois de juin 2007, entre les studios dublinois d’Ardmore, les monts Wicklow et les côtes sauvages d’Achill Island, ce thriller fantastique plutôt réussi, produit par la boîte de François Ozon, Fidélité, et l’Irlandaise Octagon, a naturellement pu compter sur les billes de l’Irish Film Board. Un budget de 367 000 euros a été évoqué. «  Je me suis battu pendant cinq ans pour obtenir des financements, mais le discours sur la violence était trop nihiliste pour le marché français », avait observé la réalisatrice dans un célèbre hebdo culturel français.

Chez les Verts, c’est bien normal, le Bord Scannán na hÉireann (en gaélique) fait partie du paysage. Mais hors des frontières insulaires – et particulièrement outre-Atlantique –, on s’étonnerait presque de la vitalité du cinéma local. Via son organisme de subvention, l’Irlande est devenue une véritable tête de pont, plate-forme dynamique entre Amérique et Vieux Continent. Créé en 1981, l’IFB/BSÉ est à la fois la principale compagnie de production de l’île et le bureau national pourvoyeur de fonds. Chaque année, le « Dáil Éireann » (parlement, ou chambre des représentants) décide d’un budget approprié (19,3 M€ prévus pour 2010) dans ce but, sous l’égide du Département des Arts, du Sport et du Tourisme (depuis 1993). Son rôle est effectif et incontournable.


PATRIMOINE

Aujourd’hui, le catalogue de l’IFB ne compte pas moins de 160 films et 300 courts métrages. Parmi cette liste, il n’est pas inutile de citer Bloody Sunday, The Magdalene Sisters ou Omagh, qui ont connu une belle reconnaissance internationale. Sa participation y est plus ou moins importante selon les projets.

Outil de promotion du patrimoine et de la culture nationale, dans le monde mais également à domicile, les enjeux dépassent les simples bénéfices réinjectés dans l’industrie du 7ème art de l’Eire. Il s’agit de faire fructifier, bien sûr, la branche audiovisuelle, mais aussi la richesse d’une histoire commune qui a construit la nation irlandaise – des premiers patriotes, comme Michael Collins ou Eamonn de Valera, à la guerre civile et au conflit armé si douloureux entre catholiques et protestants en Ulster ; la grande famine qui poussa la moitié de la population à partir aux USA.

Loin du dépliant touristique, les supports visent la sensibilisation du public aux problématiques (sociales, économiques, politiques) qui secouent l’Irlande d’aujourd’hui. Des films comme Pavee Lackeen, la fille du voyage, sur les déracinés dublinois, l’excellent documentaire Battle of the Bogside, ou les 5 saisons du polar poisseux La Loi de Murphy, ont œuvré dans ce but.

Outre la production et la distribution dans les salles – leur fréquentation en font un des secteurs les plus dynamiques d’Europe –, l’investissement massif du « Board » permet de fournir des programmes de qualité, synonymes de bonnes audiences, à destination des télévisions locales : la généraliste nationale et publique RTÉ (Radio Telefis Eireann), TG4 (Teilifís Gaeilge Ceathair), laquelle diffuse en gaélique, TV3 Ireland (qui appartient au réseau britannique ITV) ou même BBC Northern Ireland.