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Conor McPherson
Auteur irlandais
Entretien réalisé
par Andréa GRUNERT
le 23 mars 2010
à Dún Laoghaire (Irlande)

Conor McPherson est un des auteurs irlandais les plus prolifiques et célèbres. Bien que moins connues en France, ses pièces telles Port Authority, Shining City, The Weir ou The Seafarer ont eu un grand succès dans le monde anglophone, en Irlande aussi bien qu’en Angleterre et aux Etats-Unis. En parallèle à sa carrière d’auteur pour le théâtre, McPherson a commencé à écrire des scénarios et à réaliser des films. Son troisième film The Eclipse a remporté le prix du meilleur film irlandais à la cérémonie des Prix de l’Académie irlandaise du Cinéma et de la Télévision en février 2010. Conor McPherson parle ici avec enthousiasme de sa vision du cinéma et du théâtre, de sa passion pour l’image mouvante et pour l’acteur.



Objectif Cinéma : Qu’est-ce que vous a poussé à faire des films ?

Conor McPherson : En fait, rien ne m’a poussé. C’était en 1994 : on m’avait demandé d’écrire le scénario pour un film du metteur en scène irlandais Paddy Breathnach, à savoir I Went Down. C’est ce film, tourné en 1996, qui a tout fait démarrer. Il a eu, par ailleurs, un succès considérable. Ensuite, j’ai réalisé moi-même un film appelé Saltwater et une adaptation pour la télévision d’une pièce de Samuel Beckett : Fin de partie. Enfin, j’ai eu la chance de réaliser un film qui prenait presque l’ampleur d’une production hollywoodienne : The Actors. Cependant, après ce film, j’ai attendu sept ans avant de recommencer à faire du cinéma. C’est avec The Eclipse que je me suis senti pour la première fois capable de m’exprimer réellement en termes cinématographiques. Comme vous le savez, je suis habitué à écrire pour le théâtre et à ce côté très littéraire de raconter une histoire. Un film, c’est si différent d’une pièce de théâtre. Il m’a fallu un bon moment pour le comprendre. Bien que j’adore le cinéma et que j’adore faire des films, ce n’est que maintenant que j’ai réellement accroché.


Objectif Cinéma : Quelle est la différence entre l’écriture pour le théâtre et pour le cinéma ?

Conor McPherson : Les films que j’avais faits avant The Eclipse me furent proposés par d’autres personnes. L’idée pour I Went Down venait du metteur en scène. Saltwater fut l’idée d’un producteur londonien. Quand j’ai monté ma pièce The Lime-Tree Bower au Bush Theatre à Londres, le producteur m’a demandé si je ne voulais pas en faire un film. J’étais en quelque sorte poussé à le faire. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai : j’ai voulu le faire aussi et c’est pour cela que j’ai accepté la proposition. Quant à Fin de partie, c’est une pièce de Beckett. L’idée pour The Actors venait de Neil Jordan qui m’avait demandé d’écrire pour lui. J’ai fini par réaliser le film moi-même. Il était censé être distribué par Dreamworks, mais fut distribué par Miramax. Tous ces gens avaient alors du contrôle sur ce que je faisais. Je pense que c’est comme cela qu’on produit des films. Quand j’ai décidé de faire The Eclipse, j’ai voulu procéder différemment. Personne n’a réellement compris mes intentions avant que le film ne soit réalisé. Alors, il a été difficile de le financer. C’est le prix à payer pour l’indépendance. A la fin, nous avons eu un budget de deux millions d’euros. Il s’agit essentiellement de l’argent de l’État, c’est-à-dire l’argent du payeur d’impôts. Mais cela nous a donné une liberté totale. Personne n’a pu nous demander de refaire ou de changer quelque chose, car nous n’avions pas suffisamment d’argent pour satisfaire à une telle demande. Quand nous avions fait une prise de vue, c’était celle-là ou rien. Nous n’aurions pas pu la refaire, car personne n’aurait eu l’argent pour la payer. Ceci m’a donné une liberté énorme. Le fait d’avoir préparé le film pendant si longtemps m’a beaucoup aidé. Car quand j’ai commencé à tourner, je savais exactement comment le faire. Tout était dans ma tête. J’avais réfléchi à ce film pendant quatre ou cinq ans et je l’ai réalisé en vingt-cinq jours. Je sentais que tout était comme je l’avais imaginé, que tout était naturel et juste.