Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

WITHOUT PARADE (2000)
de Rupert Carey et Tomoko Takahashi
Par Nicolas VILLODRE


Lors de l’exposition de Tomoko Takahashi à base d’assemblages, d’accumulations et autres « installations » d’esprit Merz ou, plus exactement, Nouveau Réalisme, présentée cet été 2010 au De La Warr Pavilion de Bexhill, dans le Sussex, « accrochage » ironiquement intitulé Introspective Retrospective, nous avons pu visionner un court métrage vidéo-projeté sur grand écran, réalisé par la jeune artiste anglo-nippone en collaboration avec Rupert Carey. Techniquement, et même formellement, le « film » (on parle de film bien qu’on ait affaire à une simple « vidéo » en support DV ou DVCam) n’a rien de révolutionnaire. Il est à base, surtout, de champs et de contrechamps ou, si vous préférez, de plongées et de contreplongées, l’ « action » ayant lieu à l’étage élevé d’un immeuble et la « réaction » (du public, des voyeurs, des spectateurs-acteurs) au ras des pâquerettes, au sol. Des comparses ou des assistants de l’artiste se chargent de décharger une quantité, disons pour être précis, « industrielle » de bandelettes de papier, jetées petit à petit, sur un rythme qui paraît lent, par la fenêtre, voletant au gré du vent avant de recouvrir les trottoirs et la chaussée environnants.

Ces fragiles infules, défenestrées, formant une pluie capricieuse, résultant d’une opération de shreding, autrement dit de déchiquetage d’archives compromettantes (entre parenthèses : il est serait envisageable de scanner ces fragments et, à l’aide d’un bon logiciel de police scientifique, d’en déchiffrer le contenu ! ce genre d’activité permettrait de lutter contre le chômage) ou, du moins, encombrantes, rappellent les rubans qu’on trouve un peu partout au Japon, que ce soit dans les fêtes religieuses, les jeux enfantins, ces bouts de papier ou de tissu en soie qui sont noués aux câbles électriques, ou qui ornent les clochettes accrochées aux portes d’entrée des maisons traditionnelles qui signalent ou indiquent les changements de vents, anticipent ou alarment sur les cyclones à venir. La terre ou plutôt le macadam finit par être totalement recouvert de cette neige artificielle, une neige d’été, phénomène climatique traité dans une chanson d’Adamo, chanteur tout aussi célèbre au pays du soleil levant que chez nous. Les enfants de Brixton, quartier où a eu lieu la « performance » artistique (show conçu avant tout pour la beauté du geste, ces dazibaos ne transmettant aucun message politique) jouent avec les tas de confettis, de papiers déchirés, avec ces serpentins carnavalesques, résidus du pilon ou du massicot, semés, comme dit Larousse, à tous vents. Avec une forme d’anti-matière. Un presque rien. Il faut dire qu’on est ici dans l’art pauvre. Dans la décharge – avec la connotation publique du terme mais aussi avec son sens dionysiaque.

Tomoko Takahashi n’étant ni une irresponsable, ni une vandale, s’est assurée l’aide des spectateurs bons enfants qui, après cette fête, nettoient, ramassent les paperoles, en emplissent des sacs plastiques, puis un camion tout entier mis à disposition par les services municipaux de la voirie. Un insert du film montre qu’il est resté, un temps du moins, quelque trace, quelque signe récalcitrant, quelque lambeau enroulé autour d’un fil électrique...