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Mardi, après Noël
Radu Muntean
Par Aurélien G.

Paul est marié avec Adriana depuis 10 ans. Ils ont une fille, une voiture, un appartement et semblent encore s’aimer. Paul entretient également une histoire avec Raluca, une dentiste de 27 ans qu’il a rencontrée 6 mois plus tôt. Paul aime les deux femmes, mais lorsqu’elles se rencontrent par hasard, il doit prendre une décision.



Présences et anticipation

Découvert avec Boogie, déjà présenté à Cannes, Radu Muntean, poursuit avec Mardi après Noël (sélection "Un certain regard") une oeuvre minimale où l’homme se trouve, malgré lui, confronté à ses responsabilités. Presque malgré lui, surgie ainsi la tentation, celle d’un autre amour qui vient mettre à mal un couple dont on comprend vite qu’il était trop fait pour durer. Muntean enrichit un scénario à l’apparence convenue, mais remarquablement cadenassé et tout aussi précis, tant dans ses descriptions que dans les émotions qu’il fait naître, par une mise en scène d’une sobriété flamboyante. Les longs plans séquence se succèdent, habités par la présence harcelante de Paul, perdu entre ses envies, auxquelles il aimerait croire, et sa réalité, à laquelle il finit par ne plus pouvoir échapper. Un autre film, qui se devine, se dessine dans son imaginaire : confronté au présent, son regard repense au passé tout en présageant du futur. L’image se détache progressivement de ce qu’elle montre, pour fonctionner sous forme d’anticipation et de mémoire. Quand Paul va-t-il se décider ? Quand va-t-il le dire ? Le jeu, tout en retenue, renforce cette dimension suggestive. La mise en scène, discrète, qui aspire à la transparence pour aspirer le regard du spectateur, fait presque oublier la présence, inéluctable, de la caméra. Un poids invisible mais tenace.

Le montage, intérieur, donne une fluidité à l’ensemble ; il sublime le jeu des corps, les attentions qu’on lui réclame, celles qu’il sollicite. Fortement sollicité, donc, Paul, filmé frontalement, dans des intérieurs qui l’étouffent, secoué par son mensonge. Sans relâche. Tour à tour mari et amant, il voit ses deux partenaires se renvoyer la balle. Sur son physique, lourd et indécis, pèse la caméra, qui le fixe sans bouger. La profondeur de champ est mince, tout comme la marge de manœuvre du personnage, encore plus étroite. L’équilibre du film c’est le sien : le partage, délicat si tant est qu’il soit possible, entre l’actuel et le devenir.